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La pilule ne passe plus!

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Mardi, 29 janvier 2013

Editorial

Certaines en meurent.  D’autres se retrouvent lourdement handicapées. De quoi déclencher une psychose chez les utilisatrices de la pilule qui ne savent plus qui croire, ni vers quelles contraceptions se tourner.
Les gynécologues se défendent:  «Les dangers sont infimes, il ne faut pas exagérer!» Peut-être. Mais les professionnels de la santé paient aujourd’hui le prix de leur laxisme. Depuis 50 ans, la pilule est prescrite comme un bonbon. Voire comme un passage obligé pour toute jeune fille – «Quoi, vous utilisez seulement le préservatif? Mais vous êtes irresponsable!» «Vous voulez un stérilet? A votre âge, c’est non.»
Que reste-t-il?  Accepter, sans broncher, les risques, parce que tout médicament a des effets secondaires? Sauf que les femmes ne sont pas malades. Et elles risquent leur santé, voire leur vie, pour respecter le souhait du couple en son entier.
Hommes et femmes sont tout autant concernés.  Et ensemble ils devraient réclamer de nouvelles solutions. De vraies solutions. Pourquoi ne pas développer aussi la contraception masculine? Cela implique que les hommes prennent leurs responsabilités, que les femmes leur fassent confiance et que l’industrie pharmaceutique s’y intéresse.
On l’a oublié , mais avant les années 1970, les hommes étaient très impliqués dans la régulation des naissances, à travers la pratique du coït interrompu. Preuve qu’hommes et femmes sont capables de coopérer.
Cléa Favre

LES FEMMES ONT PEUR DE LA PILULE

Après Yasmin, c’est au tour de Diane 35 d’être pointé du doigt. L’inquiétude monte et de plus en plus d’utilisatrices décident de ne plus recourir à cette contraception.

Nouveau scandale: Diane 35 a été reconnu coupable de quatre décès en France. Comme si cela ne suffisait pas, on apprend qu’à l’origine cette pilule est un traitement contre l’acné, qui a été détournée et prescrite comme moyen de contraception. Cette accumulation d’informations négatives sur ce contraceptif n’est pas sans conséquences.
«Je vais arrêter d’avaler ça», annonce, déterminée, Julie, 27 ans, après six ans de prise quotidienne. Les derniers articles lus dans la presse ont achevé de convaincre la jeune femme. «Ma libido a complètement chuté. Je n’ai plus du tout envie de faire l’amour. Je pleure pour rien. Je ne veux plus que la pilule contrôle mon corps et mes humeurs!» Julie va opter pour une méthode sans hormone: le stérilet. Pour Marie-Emmanuelle, 28 ans, c’est également terminé. «Ma mère et mes gynécologues successifs m’ont toujours dit de prendre la pilule pour me protéger. C’était une évidence aux yeux de tous. Mais, aujourd’hui, je réalise que je mets ma santé en péril.» Dorénavant, après 10 ans de pilule, elle utilise le préservatif ou la méthode dite du retrait.
Catherine Stangl, présidente de Santé sexuelle Suisse et directrice du planning familial de Neuchâtel, n’est pas surprise par ces abandons de pilule. Elle-même a pu les constater en consultations. «Les patientes sont inquiètes. Nous avons beaucoup d’appels et de questions à ce sujet. Elles veulent en savoir plus pour décider en toute connaissance de cause.» Catherine Stangl y voit tout de même un aspect positif: «Les risques étaient bien connus du personnel de santé, mais pas des utilisatrices. Aujourd’hui, l’information passe.»

«On ne prescrit pas la pilule comme un Sugus!»

Jacques Seydoux reconnaît de son côté un seul avantage à cette campagne de dénigrement: «On ne prescrit plus la pilule comme un Sugus, sans poser de questions comme il y a encore quelques années.» Mais aux yeux du président de la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique, «l’hystérie médiatique, notamment en Suisse alémanique, dessert la contraception». En ligne de mire: une potentielle hausse des IVG.
La polémique déstabilise aussi les gynécologues. «Certains collègues ont désormais peur de prescrire les pilules de 3e et 4e générations», explique Jacques Seydoux. Mais selon lui, il est nécessaire de prendre du recul: «La pilule est un médicament qui diminue les risques de cancers des ovaires, de l’utérus, du colon, mais elle comporte aussi des dangers. Notre société veut tout: le confort, la facilité, la sécurité. Mais le risque zéro n’existe pas!»
Peut-être qu’en effet les femmes exigent davantage de leur contraception. Mais, pour Marie-Emmanuelle, «c’est surtout qu’elles ne veulent plus que la contraception repose seulement sur leurs épaules. Les hommes doivent s’investir. Il ne suffit pas de demander: «Tu prends bien la pilule?»
clea.favre@lematin.ch
 

 

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