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Apprenez les gestes qui sauvent une vie

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Lunid, 11 février 2013

Revenu d’entre les morts à la suite d’un infarctus, le frontalier genevois  Jean-Paul Duc se consacre désormais pleinement à la prévention des accidents cardiaques. Une leçon de vie. Et de mort.  

Réconcilier les gens avec la mort et les sensibiliser aux premiers secours. Tel est le «combat d’avenir» de cet homme qui revient de loin. Victime d’un arrêt cardiaque, Jean-Paul Duc est revenu à la vie après avoir été déclaré cliniquement mort pendant cinquante minutes. Une «expérience de mort imminente» (EMI, ou NDE pour «near death experience») exceptionnellement longue d’un point de vue médical. Les chances de survie au-delà de la demi-heure étant quasi nulles.
Samedi 17 juillet 2010: le jour où tout a basculé. «Je me suis levé d’un coup et suis descendu sur la terrasse, à cause d’un malaise», nous raconte Jean-Paul, Haut-Savoyard et cadre frontalier de 46 ans, à son domicile de Bonne (F), à 15 km de Genève. Ce week-end-là, il s’apprêtait à emménager avec sa compagne, Lina, et leurs deux ados respectifs. Jean-Paul s’allume une cigarette à la table du jardin. Mais, très vite, les vertiges reprennent le dessus. Lina le conduit d’urgence dans une permanence genevoise. «Ils n’ont rien vu», reprend le quadragénaire, malgré les trois heures passées à l’hôpital. Deux mois plus tôt, un médecin avait même diagnostiqué que son cœur était «celui d’un marathonien».

Déclaré mort  par les sauveteurs

Et pourtant, à peine rentré à Bonne, alors que la préparation du barbecue familial battait son plein, Jean-Paul s’écroule. Michaël, son beau-fils de 20 ans, tout juste extrait de son sommeil, se précipite sur lui et le met en position latérale de sécurité, un bras et une jambe repliés. Les secouristes et les pompiers arriveront dix minutes plus tard, avant de tout tenter pendant près d’une heure. Douze défibrillations de 4000 volts et la totalité de leur stock d’adrénaline (41 mg). Un sauveteur mime un geste avec ses mains: «C’est fini.» Lina s’écroule en pleurs sur l’homme qu’elle aime. Quand soudain, alors que les secouristes s’apprêtaient à recouvrir son corps d’une bâche, Jean-Paul a un spasme. Les massages reprennent de plus belle. Le frontalier sera tiré d’affaire.
Un coma artificiel, des jours aux soins intensifs et huit mois de rééducation plus tard, Jean-Paul Duc est à même de raconter ce qu’il a vu pendant son coma avancé. «J’évoluais dans un autre espace-temps. Je devinais les gens s’agiter sous forme d’énergie magnétique lumineuse, sur fond noir.» Et de narrer la vision caractéristique des EMI: une lumière aveuglante vers laquelle il se sentait irrésistiblement attiré. «On est venu me chercher, un être lumineux aux traits féminins m’a tendu la main. C’était reposant, beau, lumineux. Mais j’ai lâché cette main. Je n’avais pas de raison de partir.»

Partenariat recherché en Suisse

S’il semble avoir miraculeusement récupéré toutes ses capacités physiques (tous ses organes vitaux étaient atteints), la vie de Jean-Paul Duc ne sera plus jamais comme avant. Avec un cœur fonctionnant à 45%, plus moyen de se concentrer, de courir, de lire ou d’écrire. Et surtout de se rappeler d’«avant le 17 juillet 2010». «J’ai perdu 46 ans de ma vie. C’est comme si j’avais été lessivé, nettoyé.» Parallèlement à un livre paru le mois dernier*, coécrit avec une biographe, le Haut-Savoyard s’est allié à la Fédération française de cardiologie pour promouvoir MiniAnne, un kit simplifié pour apprendre soi-même les gestes qui sauvent. Un partenariat similaire est à l’étude en Suisse romande.
benjamin.pillard@lematin.ch
● BENJAMIN PILLARD

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