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«Mon père était dépressif, mais pas incurable»

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Lundi, 15 juillet 2013

Une enquête a été ouverte après le suicide assisté d’un magistrat italien à Bâle. La famille du mort conteste la procédure  

«Votre père est mort ce matin. Il a bénéficié du suicide assisté. Il allait très mal et il voulait s’en aller.» C’est par un coup de fil en provenance de Bâle que, le 11 avril dernier, Francesca D’Amico a appris le décès de son père Pietro. Mais l’autopsie vient de révéler que Pietro D’Amico n’était atteint d’aucune pathologie incurable au stade terminal, condition sine qua non pour avoir accès à la «mort douce».
Soixante-deux ans, Calabrais, magistrat respecté et auteur d’ouvrages sur la philosophie du droit romain, Pietro d’Amico avait vu son monde s’écrouler lorsqu’il avait été accusé d’avoir violé le secret de l’Instruction. Bien que blanchi au terme de l’enquête, cette tache sur une brillante carrière l’avait plongé dans une profonde dépression et conduit à abandonner la magistrature en 2010.
Depuis, il disparaissait souvent pour de mystérieux voyages solitaires en voiture. Voyages dont on connaît aujourd’hui la destination: la Suisse. Pietro d’Amico voulait en effet en finir avec la vie et, alors que le suicide assisté n’est pas légal dans la péninsule, il cherchait dans la confédération un viatique pour la «mort douce».

L’ancien magistrat s’adresse dans un premier temps à l’organisation Dignitas. En vain, car, conformément à la loi, les médecins de Dignitas exigent une documentation médicale prouvant une pathologie incurable que Pietro D’Amico n’est pas en mesure de fournir. C’est une pratique courante: seuls 40% des candidats au suicide assisté voient leur désir de mort exaucé.
Mais D’Amico insiste et contacte à Bâle la Eternal Spirit Lifecircle, une autre association fondée par la doctoresse Erika Preisig. Cette dernière affirme avoir tenté durant trois ans de dissuader l’ancien magistrat de se suicider. Toutefois, Pietro D’Amico finit par fournir des certificats médicaux italiens attestant d’une pathologie dégénérative au stade terminal. Et, comme souvent chez les grands dépressifs, il somatise les symptômes de ce mal imaginaire. Rien, selon Erika Preisig, n’empêche désormais le magistrat d’avoir accès la mort douce. Le 11 avril, dans le petit cabinet médical de Lifecircle, Pietro D’Amico ouvre lui-même le robinet d’une perfusion de pentobarbital de sodium et d’un puissant somnifère. Le décès est immédiat.
Une mort à laquelle les familiers du magistrat ne veulent pas se résoudre. Alors que l’autopsie a démontré l’absence de pathologie incurable, la magistrature transalpine veut savoir si les certificats médicaux italiens étaient erronés ou accordés par complaisance. En outre, la législation exige que deux praticiens suisses indépendants confirment le diagnostic de maladie incurable des médecins du candidat au suicide. Or au moins un de ces deux certificats a été rédigé par Erika Preisig qui ne peut pas être considérée indépendante.
«Mon père était dépressif à phase alternée mais pas incurable, a affirmé Francesca D’Amico. Il fallait l’aider à vivre, pas à mourir.»
Dominique Dunglas Rome

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