< | >

Ensemble, plus forts ! (Editorial de La lettre de l’AMG de janvier-février 2014)

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

2004, entrée en vigueur du TARMED. La revalorisation de l’acte intellectuel ne sera qu’un leurre. La perte de revenus des spécialistes et le frein au développement de la chirurgie ambulatoire deviennent pour nombre de disciplines une réalité à contre-courant du progrès.

Berne, Place fédérale le 1er avril 2006. Nous sommes réunis, galvanisés. Des blouses blanches à perte de vue. Le retour en train est euphorique. Le lendemain, dans la presse dominicale, le conseiller fédéral Pascal Couchepin, en pourfendeur des médecins, nous assassine. Il évoque avec habilité nos différences et notre incapacité à penser d’une seule voix.

Le 1er juin 2008, le peuple suisse balaie le projet d’article constitutionnel 117A «Qualité et efficacité économique dans l’assurance–maladie. ». Notre slogan: «Ma santé, mon médecin, c’est mon choix» a été repris avec succès à travers toute la Suisse romande. Le libre choix du médecin est plébiscité dans tout le pays.

Genève, rue de l’Hôtel-de-Ville le 24 mars 2009. Nous marchons en rangs serrés, solidaires, dans un mouvement de grève initié par l’aiguillon Bertrand Buchs, contre la baisse drastique du remboursement des analyses de laboratoire au cabinet. Pascal Couchepin a encore frappé et agi sans concertation.

Décembre 2010, le conseiller fédéral Didier Burkhalter décide de supprimer unilatéralement le remboursement des lunettes d’enfants. Pédiatres, ophtalmologues et associations de patients feront pression. En juin 2012, machine arrière, les lunettes d’enfants sont à nouveau remboursées.

17 juin 2012. Plus de 99% des communes suisses refusent la loi dite Managed Care. Près de 9 Genevois sur 10 glissent un non dans l’urne. Notre mot d’ordre: Marre d’être pressés comme des citrons a été porteur. Quelques mois plus tôt, la campagne de signatures pour le référendum a réalisé un score historique. Un succès total.

16 décembre 2013, le conseiller fédéral Alain Berset, en utilisant pour la première fois la compétence subsidiaire du Conseil fédéral, veut imposer une adaptation de la structure tarifaire TARMED. La revalorisation est juste, son financement elle cette vieille recette du diviser pour régner ?

2004-2013: dix années de luttes, dix années de combats. Et ceux qui arrivent, juste devant nous, seront encore plus importants. Les amputations et les sacrifices ont été nombreux, trop nombreux. Nous devons d’une seule voix, ensemble, solidairement, faire face. Les divisions partisanes affaiblissent. Toujours.
Dix ans qui n’auront vu qu’un seul gagnant, l’assureur. Pas les patients, pas les médecins. Les primes ne cessent de grimper, nos revenus ne cessent de diminuer. Ce que nous devons remettre en cause, c’est le mode de financement du système de santé dans notre pays. Cela devient intenable, pour les patients et les médecins. Nous devrons convaincre les citoyens que le système actuel ne peut continuer ainsi. La votation pour une caisse publique à gestion cantonale sera cruciale. Et selon les circonstances, nous devrons, un jour peut-être, casser le beau jouet des assureurs qui leur rapporte tant et donc le système. Mais pour quitter, il faut souffrir. Beaucoup.
Je mène d’autres combats associatifs. Contre la malvoyance à Genève et dans le monde, contre la précarité dans notre ville. Dans ces actions sociales, comme dans nos luttes perpétuelles contre la diminution de nos conditions de travail, il est essentiel de montrer un front uni. Nous défendons des idées, des lignes politiques, mais sans étiquette, sans couleur de parti. Notre liberté de pensée est indispensable. Ces dix années de présence, depuis mon élection à la tête d’un groupe de discipline à Genève, en passant par la présidence du comité référendaire Libre choix du médecin pour tous, à mes nouvelles fonctions de président de l’AMG, m’auront appris que seuls un esprit solidaire, un message commun, une action ferme et une énorme volonté font avancer les dossiers et obtenir des résultats.
Mais pour avancer et lutter, nous devons être ensemble. Pour être plus forts.
Michel Matter