< | >

Médecins surchargés: Genève se vante à tort

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Vendredi, 25 avril 2014

L’Hôpital dit respecter la loi sur les 50 heures de travail. Mais la réalité est moins rose

L’Association suisse des médecins et chefs de clinique (ASMAC) révèle que les praticiens suisses travaillent 56,5 heures en moyenne, alors que Mauro Poggia, le conseiller d’Etat responsable de la Santé, affirme que les assistants genevois font les 50 heures réglementaires. Or, selon nos informations, de très nombreux médecins travaillent au-delà de la limite légale, sans déclarer les heures supplémentaires, surtout parmi les jeunes. «Nous connaissons tous des collègues qui travaillent 70 ou 80 heures par semaine. Surtout en chirurgie», témoigne ce médecin interne des HUG. L’ASMAC reconnaît que la situation genevoise n’est pas meilleure qu’ailleurs. Les médecins pointent notamment la lourde charge administrative, alors que l’Association des médecins d’institutions de Genève (AMIG) veut s’intéresser aux conditions de travail: elle souhaite que la direction offre plus de temps partiels et des conditions de travail favorables à une vie de famille.

Loi sur le travail à l’Hôpital

Médecins surchargés: Genève tronque la réalité

Pour le ministre  de la Santé, les médecins travaillent 50 heures  par semaine.  Faux, rétorquent  les intéressés  

Genève, bon élève? Non, estiment les médecins du canton: en matière de temps de travail, ils ne se considèrent pas mieux lotis que leurs confrères suisses. Contrairement aux déclarations de leur ministre de tutelle, le conseiller d’Etat Mauro Poggia.
Selon nos informations, aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), en chirurgie, en médecine interne ou en pédiatrie, il est fréquent de travailler au-delà du maximum de 50 heures fixé par la loi. Lorsqu’elles sont enregistrées, les heures supplémentaires sont payées (25% de plus). Mais elles ne sont pas toujours retranscrites. «Dans certains services, c’est un ordre: il ne faut pas déclarer ses heures supplémentaires», témoigne un médecin. «Le soir ou le week-end, un médecin sur deux que vous voyez n’est pas de garde. Il est venu rattraper son retard, sans déclarer ses heures.»
Selon lui, la pratique est fréquente chez les jeunes médecins, «astreints à ne pas saisir leurs heures». De manière générale, il ajoute: «Nous connaissons tous des collègues qui travaillent 70 ou 80 heures par semaine. Surtout en chirurgie. A la 81e heure, quand on a un bistouri dans la main, je ne suis pas sûr qu’il soit très raisonnable d’opérer.»

Ces propos contredisent les déclarations officielles. Mi-avril, une étude de l’Association suisse des médecins et chefs de clinique (ASMAC) révèle que les docteurs suisses travaillent 56,5 heures en moyenne. Interrogé, Mauro Poggia, le conseiller d’Etat genevois responsable de la Santé, se veut rassurant sur la situation genevoise: «Actuellement, les assistants font 50 heures réglementaires.» Dans son sillage, le directeur médical des Hôpitaux universitaires de Genève, Pierre Dayer, affirme: «Globalement, la loi est respectée. (la «Tribune de Genève» du 15 avril ).
Pas si vite! réagit le corps médical aujourd’hui. A Berne, d’abord: «Il est clair que la situation à Genève n’est pas meilleure qu’ailleurs», fait valoir Nico van der Heiden, responsable de la politique et de la communication de l’ASMAC. Certes, «on ne fait plus 100 heures par semaine et il y a eu un énorme changement grâce à la Loi sur le travail», ajoute, à Genève, Hervé Spechbach, vice-président de l’Association des médecins d’institutions de Genève (AMIG).
Pour autant, cela ne signifie pas que la loi est respectée aux HUG. «Nos membres nous rapportent de nombreuses entorses. Certains travaillent plus de sept jours d’affilée, par exemple.» Pour y voir plus clair, l’AMIG souhaite, d’entente avec la direction, mener une enquête interne. Plus largement, elle aimerait que l’on s’intéresse aux conditions de travail.
Les médecins joints par la Tribune de Genève pointent une charge administrative lourde qui pourrait être déléguée, notamment la rédaction de lettres de sortie complexes en raison des exigences de la facturation. L’AMIG aimerait aussi que la direction favorise le temps partiel, améliore l’ergonomie des locaux et l’ambiance générale de travail. «Nous sommes frappés de constater le départ de nombreux chefs de clinique en raison de l’absence de conditions de travail permettant une vie de famille», relève Hervé Spechbach.
Contactés, Mauro Poggia et la direction des HUG n’ont ni pu ni souhaité réagir. Le directeur général, Bertrand Levrat, entré en fonction en juin 2013, expliquait à la presse en octobre que la diminution de l’absentéisme et la satisfaction au travail figuraient parmi ses priorités. De bon augure?
Sophie Davaris

Berne n’est pas d’accord

Président de l’Association des médecins de Genève, Michel Matter estime que «le cadre légal doit être respecté. Mais il doit y avoir une fluidité: si, lorsqu’un médecin est absent, celui qui le remplace voit deux fois plus de patients, cela ne va pas non plus. Je suis 100% pour une étude qui permettrait de voir la réalité du terrain.» Pour l’heure, les HUG ont trouvé une parade en décomptant les heures sur deux semaines. Après une semaine de 60 heures, on compense en travaillant 40 heures la suivante. Une solution que n’approuve pas le Secrétariat d’Etat à l’économie, joint hier par la Tribune de Genève . «Aucune modification de l’ordonnance n’est prévue et le SECO ne donne pas d’autorisation exceptionnelle dans ce cas-là», déclare la porte-parole Isabel Herkommer.
S.D.

 

< Retour à la liste