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«Un jour, quelqu’un va devoir payer les soins!»

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Vendredi, 25 avril 2014

Expert de la santé, le conseiller national Guy Parmelin (UDC/VD) lutte contre l’article constitutionnel  
Promouvoir les soins de base et revaloriser la médecine de famille? C’est possible avec les outils à disposition, selon Guy Parmelin (UDC/VD). Le président de la Commission de la santé du Conseil national motive son rejet du texte soumis au vote le 18 mai.

Pourquoi s’opposer à cet article somme toute inoffensif?
Cela devient une mode de vouloir enrichir notre Constitution avec de nouveaux articles que l’on nous présente tous comme inoffensifs. Mais alors pourquoi les proposer? Ils visent souvent à donner plus de compétences à la Confédération ou à faire en sorte, de manière directe ou indirecte, que les citoyens doivent payer plus.

Dans le cas précis, et c’est écrit, cela ne changera pas la répartition des rôles…
Ce n’est pas si clair que cela à mon sens. Bien sûr, personne dans ce pays n’est opposé à ce que chacun ait accès à des soins médicaux de base suffisants et de qualité. Mais il est dit que la Confédération aura une compétence directe pour légiférer sur la rémunération «appropriée» des prestations de la médecine de famille. Qu’est-ce que cela signifie exactement? Jusqu’à présent, je n’ai entendu ni le Conseil fédéral ni les partisans de l’article s’étendre sur ce sujet. Et à un moment donné, quelqu’un va bien devoir payer.

Mais la revalorisation prévue des prestations des généralistes sera neutre au niveau des coûts.
Je ne suis pas, par principe, contre une augmentation des rémunérations. Mais quand vous mettez dans la Constitution un article aussi vague et aussi mal fichu, cela interpelle. Alors oui, dans une première étape, on parle de neutralité des coûts. Puis, dans un certain temps, on dira qu’il faut que quelqu’un passe à la caisse. Je vois déjà les conflits entre la Berne fédérale et les cantons.

Dans le tout-ménage de l’UDC, votre collègue Thomas de Courten dit qu’«il n’est pas nécessaire d’encourager davantage la médecine de famille». Vraiment?
Il faudrait questionner mon collègue et ami de Courten par rapport à ses propos. Mais je crois qu’il faut être clair: on va dans certaines régions et certains cantons vers des problèmes. Il manque de médecins dits généralistes.  Mais un article constitutionnel ne résoudra pas le problème. Les cantons sont les mieux à même de déterminer les manques et d’anticiper. Dans le canton de Vaud, je note que le département a initié le mouvement depuis quelques années. Et semble-t-il que l’effet va se produire.

L’article doit aussi éviter une forte dépendance vis-à-vis de l’étranger en matière de personnel soignant et l’UDC est contre. Un paradoxe?
Non, au contraire, je pense que le résultat du 9 février (ndlr: oui à l’initiative «Contre l’immigration de masse») va pousser les cantons à se saisir de la problématique avec plus de vigueur et d’imagination. L’exemple du Canada est édifiant à ce propos, avec des efforts conséquents de l’Etat pour faire revenir chez lui du personnel de santé en rendant le métier plus attractif.

Mais l’ampleur de ce chantier-là nécessite justement un engagement fédéral…
Non, je ne pense pas. Chaque canton a son génie propre. Cela dépend aussi de son dynamisme. Ma foi, si les directeurs de la santé de certains cantons estiment qu’il n’est pas nécessaire d’agir, peut-être qu’ils le paieront cher un jour.

La campagne est inexistante. Vous avez perdu d’avance?
C’est vrai qu’il n’y a pas de campagne. Du côté de l’UDC, le comité central est opposé, mais il y a aussi des gens qui voient d’un bon œil cet article constitutionnel. Et surtout, l’UDC ne peut pas mener simultanément toutes les campagnes en vue du 18 mai! Nous sommes déjà responsables de celles sur  le salaire minimum et sur le Gripen. Je regrette qu’on n’en parle pas plus parce que c’est un sujet extrêmement important et j’espère que les citoyens réfléchiront bien avant de voter.
Lise Bailat Berne

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