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La rougeole coûte un saladier

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Lundi, 28 avril 2014

Ne pas faire vacciner les enfants,  ça a un coût, outre le prix humain que paient les malades. Les chiffres.  

Elle est toujours là, en embuscade. L’an dernier, la rougeole a frappé 180 fois en Suisse. C’est 180 fois de trop, a rappelé Berne, à l’initiative de l’Organisation mondiale de la santé. Avec un objectif: éliminer la maladie d’ici à l’an prochain, une mission que l’Amérique a déjà réussie.
Mais au chapitre des maladies transmissibles, la rougeole est un fléau bien accompagné. Sa camarade au patronyme le plus chaleureux, la coqueluche, est parvenue en 2013 à un bien meilleur score: 7900 Suisses l’ont contractée. Que dire des méningites et septicémie à pneumocoques, qui ont fait 897 cartons, ou des oreillons, qui ont atteint 790 fois leur cible. Autant de maladies qui seraient presque éradiquées si tout un chacun consentait à la piqûre: «On rencontre encore certaines infections qu’on ne devrait tout simplement plus voir, estime Claire-Anne Siegrist, présidente de la Commission fédérale pour les vaccinations. Même si leur nombre est en régression depuis trente ans.» Ce qu’il en coûte aux personnes infectées, on l’imagine ou on s’en souvient. Mais ce qu’il en coûte à la santé publique? 

Une épidémie à 15 millions

«Pour être précis, l’épidémie de rougeole survenue entre fin 2006 et début 2009 (4400 cas) a coûté plus de 15 millions de francs», répond Daniel Koch, chef de la division maladies transmissibles à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Bigre, il vaut la peine d’aller voir le détail. Selon l’évaluation de cet office, le coût direct moyen d’une rougeole est de 1600 fr. S’y ajoutent 2000 fr. de coûts indirects, comme la perte de productivité dans l’économie et les ménages. Ce n’est pas tout. Il y a encore les mesures prises par le corps médical et les autorités sanitaires pour prévenir les cas secondaires: 5500 fr. Car chaque cas déclenche une enquête digne de la police scientifique: «Prenons pour exemple un cas de rougeole détecté à Genève, explique Claire-Anne Siegrist. Le médecin cantonal doit alors laisser tomber séance tenante ce qu’il est en train de faire pour démarrer une enquête médicale. Le malade a pu en effet contaminer d’autres personnes dont les vaccins ne sont peut-être pas à jour. Il faut envoyer des équipes sur le terrain, éventuellement hospitaliser des gens, ça coûte un temps fou.»
Ce temps perdu, Patrick Diebold, chef du service de pédiatrie à l’Hôpital Riviera Chablais, à Aigle, le regrette encore: «C’était un soir aux urgences, elles étaient pleines à craquer. J’ai dû faire attendre des enfants vraiment malades pour m’occuper de deux bébés bien portants, mais qui avaient été exposés à la rougeole et qui devaient être protégés dans un délai très court.» Le docteur a donc pris la mouche, et sa calculette: 5500 fr. le coût total de l’opération, en effet, en comptant l’hospitalisation d’un nourrisson en urgence pour perfusion d’immunoglobulines, les contrôles sérologiques, quatre vaccinations post-exposition, les prestations des experts, le travail du médecin et des infirmières. «Quand on pense que cette somme représente le coût des mesures de prévention secondaire pour un seul cas avéré, lequel n’a entraîné aucun autre cas, on se dit que c’est dommage», conclut Patrick Diebold.
Ce à quoi les adversaires du vaccin répondront que celui-ci coûte aussi, et même 8,6 millions de francs par an. Mauvais argument, pour Claire-Anne Siegrist: «Avant que l’OFSP n’accepte d’inscrire un vaccin au catalogue des prestations à charge de l’assurance de base, il exige de savoir si le vaccin en question va faire gagner ou perdre de l’argent à la société. Si le vaccin ne génère pas d’économies, il renonce.» Dernier exemple en date: un vaccin contre la diarrhée des nourrissons, «excellent mais vendu trop cher par la firme, donc resté sans recommandation».

Objectif: 60 000 fr.

Si la rougeole est dans la ligne de mire de Berne, elle ne doit pas faire oublier les méningites, coqueluches et compagnie, qui ne sont pas gratuites non plus. Quinze millions par-ci, dix millions par-là, ça fait vite un saladier. «Si nous parvenons à notre objectif l’an prochain, la rougeole ne coûtera plus que 60 000 francs, relaie Daniel Koch. Mais il faudra que 95% des gens soient couverts avec deux doses de vaccin, contre 90% aujourd’hui pour la première et 75% pour la seconde. Je suis plutôt confiant. A condition que l’Europe y parvienne aussi.»  
laure.lugon@lematin.ch     
● LAURE LUGON ZUGRAVU

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