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Gros problème de communication

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Mardi, 29 avril 2014

L’invitée

A l’heure où, comme la confiance, la communication a été placée au cœur de la relation médecin-patient, il est évidemment essentiel que les deux partenaires aient au moins une langue commune. L’exigence à l’égard du soignant non francophone doit être d’autant plus forte que la région dans laquelle il a choisi de pratiquer comprend un nombre important de patients allophones. C’est le cas de Genève.
A la question posée, la réponse est non, si elle est entendue de manière générale. Ce ne sont pas une majorité de médecins étrangers qui ne maîtrisent pas notre langue. Au niveau individuel par contre, la question pose un sérieux problème. Le cadre de ce dialogue privilégié est sérieusement dégradé. Or tout ce qui entrave la qualité de la communication est susceptible de conduire non seulement à une insatisfaction, mais carrément à des fautes de diagnostic ou à un mauvais consentement éclairé. On peut aussi imaginer que le risque de mal comprendre les instructions du médecin entraîne des conséquences négatives pour le patient. Comment les tribunaux jugeraient-ils un cas de ce type, où manifestement la non-maîtrise du français par le soignant a entraîné des dommages graves pour le soigné? Qui porterait quelle responsabilité? Le patient doit-il (peut-il?) refuser de se laisser soigner dans ces conditions? Par ailleurs, la difficulté à se comprendre aura peut-être aussi pour conséquence un allongement de la durée de la consultation qui sera facturée en conséquence. Il est donc dans l’intérêt des patients que la maîtrise de la langue de la région dans laquelle le médecin souhaite pratiquer fasse partie des critères d’admission à l’autorisation de pratique. C’est une demande de la FMH que nous soutenons, car le problème se pose de la même façon en Suisse alémanique. En attendant, dans le domaine ambulatoire, le patient peut vérifier sur www.doctorfmh.ch les connaissances linguistiques revendiquées. Le cas échéant, il rendra service aux autres en signalant les cas où la méconnaissance de la langue a posé problème. Pour les consultations aux HUG, ceux-ci disposent d’une liste de traducteurs. En principe, ce service est à disposition des patients non francophones, et non des médecins défaillants en français. Toutefois, s’agissant des Urgences, on pourrait souhaiter qu’en attendant que le soignant maîtrise suffisamment la langue, il soit flanqué d’un tel soutien pour assurer une communication acceptable avec le patient.   
Là aussi, le patient ferait bien de signaler aux HUG les difficultés rencontrées, par exemple à l’espace médiation. En effet, l’Hôpital dispose d’une procédure interne pour ces problèmes pour trouver des solutions adéquates.
Organisation suisse des patients
Anne-Marie Bollier

Des cours de français s’imposent

L’invité

Un médecin doit pouvoir comprendre les plaintes des patients car un bon diagnostic et un traitement ciblé de la maladie en dépendent. Les problèmes de communication entre patients et médecins parlant mal le français (surtout lors de consultations en urgence) sont malheureusement dus à la pénurie de médecins dans les hôpitaux et dans les régions périphériques, entraînant, pour y pallier, le recours à l’engagement ou à l’installation de médecins étrangers. 
Ce phénomène touche toutes les nations industrialisées et est bien plus aigu dans les pays voisins de la Suisse. En Allemagne, 6000 postes de médecins hospitaliers n’étaient pas pourvus en 2012. Cette pénurie entraîne une émigration des médecins vers les pays prospères, dont fait partie la Suisse, ce qui explique que notre pays a presque 30% de médecins d’origine étrangère et souffre quantitativement moins de ce manque de médecins que les pays voisins. Cela dit, certains de ces praticiens maîtrisent mal la langue locale, et ces difficultés de communication avec les patients sont une réalité qui ne doit pas être occultée. Que pouvons-nous faire pour y remédier?
Deux situations doivent être différenciées, car les solutions pour améliorer ce problème ne sont pas identiques. Dans les hôpitaux, les médecins étrangers peuvent être généralement assistés par des collègues ou d’autres soignants afin de les aider à comprendre les patients. Un cours de langue intensif, dont les frais seraient paritairement assurés par l’institution et le médecin, devrait être institué en parallèle avec l’activité médicale afin d’acquérir le plus rapidement possible un niveau suffisant de compréhension de la langue locale. Dans le secteur privé, la loi oblige simplement à la maîtrise d’une langue nationale, mais à l’instar de ce qui commence à se faire en Angleterre et dans certaines régions d’Allemagne, l’installation d’un médecin étranger devrait être conditionnée à un examen de langue, comme le propose d’ailleurs la FMH.
De plus, depuis juillet 2013, l’installation en privé d’un médecin qui pratique à la charge de l’assurance maladie obligatoire est réservée aux médecins ayant travaillé trois ans au minimum dans des structures hospitalières suisses, et donc connaissant la langue locale. Idéalement, il faudrait avoir plus de médecins formés en Suisse. Mais il est illusoire d’imaginer augmenter massivement les places de formation dans les structures hospitalo-universitaires helvétiques sans nuire à la qualité de cette formation. Et il faut aussi relever qu’un nombre important de patients en Suisse romande parle mal ou pas le français. La diversité linguistique offerte par des médecins étrangers travaillant chez nous est donc également un atout dans notre région, où un quart de la population est d’origine étrangère.
Patrick SAUDAN

 

 

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