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Les médicaments chers au pilori

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Le Courrier, lecourrier.chSamedi, 17 mai 2014

PHARMACIE • L’Office fédéral de la santé publique met la pression sur les prix des médicaments. Dans certains cas, la baisse peut atteindre 66%! L’existence de certains produits est en péril.

C’est une lettre plutôt inhabituelle que les pharmaciens et médecins suisses ont reçue dernièrement d’un fabricant de médicaments Bristol-Myers Squibb (BMS). Elle annonce que le célèbre Dafalgan, dont le principe actif est le paracétamol, très utilisé en pédiatrie pour abaisser la fièvre, leur sera livré uniquement par lots de trois ou deux pièces. Fini la livraison à l’unité! Voici venue l’ère de la quantité minimale imposée. La raison? «En novembre 2013, les prix publics du Dafalgan ont été considérablement baissés par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), en particulier pour la gamme pédiatrique», écrit la société pharmaceutique américaine. «Cette baisse de prix, ainsi que les frais fixes de logistique associés, ont pour conséquence un impact négatif sur le prix de vente public de certains produits.»

Baisse de 66%!
Le prix du sirop à base de paracétamol commercialisé par BMS a subi une vraie chute. Jusqu’en novembre 2013, l’emballage de 90 ml coûtait 6,65 fr. en pharmacie. Il est maintenant vendu à… 2,25 fr., ce qui représente une baisse de 66%! «Dans la fixation du prix, l’OFSP s’appuie sur un prix moyen calculé dans des pays de référence européens » , commente Michel Buch mann, président de la Fédération internat ionale de pharmacie (FIP). «Pour le moment, le fabricant maintient sa distribution en Suisse en fixant une quantité de commande mini- male. Mais le jour où il ne gagne vraiment plus rien du tout, il se peut qu’il renonce malgré son souci de servir la santé publique.» Contacté par «La Liberté», BMS ne commente pas la baisse imposée par l’OFSP. Le fabricant dit porter une attention spéciale aux assortiments pédiatriques car l’offre du marché est limitée. «C’est pourquoi nous restons attachés à produire la gamme complète que nous jugeons importante pour répondre aux besoins des patients», rassure la direction zougoise de BMS. Toujours est-il que les spécialistes de la branche s’inquiètent de la pression menée par les organes de surveillance, en Suisse mais aussi en France. Elle pourrait à l’avenir amener non seulement les fabricants à imposer des quan- tités minimales, mais aussi à re- noncer à la commercialisation de certaines préparations par manque de rentabilité. En Suisse, une pâte pour soi- gner les lésions de la bouche, Ke- nacort, a disparu de la liste des médicaments remboursés par l’assurance de base en raison du prix trop bas qui a été imposé: de 15,30 fr., le prix est passé à 6,55 fr. en septembre 2013 (57% de bais- se). Retiré par son fabricant, ce produit est réapparu, mais hors liste officielle, à 12,45 fr. sans pos- sibilité de remboursement par l’assurance de base…

Gammes précieuses
Bien sûr, les médicaments à base de paracétamol ne figurent pas parmi les médicaments de première importance. Sauf s’il s’agit d’une gamme pédiatrique, comme c’est le cas pour le Dafalgan en sirop. De l’avis des phar- maciens, on ne trouve pas facile- ment d’équivalent, ce qui le range dans les préparations de premier ordre pour les enfants. Les gammes pédiatriques complètes ayant comme principe actif le paracétamol ne sont pas légion. L’apothicaire peut se tourner vers Ben-u-Ron, dont le principe actif est le même. Le prix pour une préparation équivalente? 5,10 fr. la bouteille de 100 ml., soit nettement plus que le Dafalgan. «A effet égal, le pharmacien doit fournir le médicament le moins cher», ajoute le Fribourgeois Michel Buchmann. «Il est important que nous disposions d’une gamme complète, surtout en pédiatrie.» L’OFSP défend son traitement de choc appliqué au prix des médocs. Dans le cadre du contrôle des conditions d’admission des médicaments qui ont lieu tous les trois ans, les prix de vente sont comparés à la moyenne de ceux pratiqués dans les pays de référence – Danemark, Alle- magne, France, Grande-Bretagne, Hollande et Autriche. «En comparaison avec la moyenne des prix pratiqués à l’étranger, le prix du Dafalgan en sirop de 90 ml était trop élevé», fait remarquer l’OFSP. «C’est pourquoi il a subi au 1er novembre 2013 une baisse correspondant au niveau des prix pratiqués dans les pays de référence.»

L’OFSP assume
Une telle méthode ne risque-t- elle pas de tuer la commercialisation de certains médicaments? L’OFSP ne conteste pas cette éventualité, qui est déjà réalité. «Oui, il est arrivé que certains soient biffés de la liste des spécialités. Toutefois, les fabricants peu- vent demander que l’on renonce à la baisse du prix. Lorsqu’un médicament est de grande importance pour l’approvisionnement médical, on peut donner dans certains cas une suite favorable.» Mais quand il s’agit de préparations à base de paracétamol, pareil sursis n’est pas octroyé, car il existe des alternatives avec le même principe actif. L’OFSP ne voit pas pourquoi ce genre de médecine serait plus chère en Helvétie que chez nos voisins. Même s’il est connu que tout en Suisse coûte plus cher, en particulier la main- d’oeuvre nécessaire à la chaîne de distribution. Quant à la prépara- tion concurrente Ben-u-Ron, l’OF- SP ajoute que son prix a été revu à la baisse en novembre 2012 et qu’au prochain round de contrôle, une nouvelle baisse n’est pas exclue. En 2012 et 2013, l’OFSP a contrôlé le bien-fondé des prix de 1600 médicaments, soit les deux tiers des spécialités inscrites sur la fameuse «Liste des spécialités». De ce nombre, environ mille ont vu leurs prix abaissés.
Pierre-André Sieber

 

LES REMÈDES BON MARCHÉ SONT MENACÉS
D’autres préparations bon marché risquent d’être mises sur la mauvaise liste. On peut prendre les exemples de l’Hygroton et de l’Esidrex, deux diurétiques prioritaires dans le traite- ment des problèmes de tension artérielle. Le premier est actuellement en rupture de stock, ce que confirme son fabricant Novartis. «Nous devons le commander en Allemagne pour les patients qui en ont besoin car il n’y a pas d’alter- native, ni de génériques correspondants», éclaire Michel Buchmann. «Ce produit a disparu du marché français depuis plusieurs années à cause d’un prix trop bas et d’un volume d’utilisation faible. Nous sommes en face d’un même problème en Suisse, probablement pour les mêmes raisons. De la même façon, la question pourra se poser demain concernant l’Esidrex.» Les génériques de ces deux préparations ne viendront pas sur le marché car les prix et les volumes sont trop bas pour intéresser un éventuel fabricant. De son côté, Novartis confirme que la pression sur les prix est élevée en Suisse, surtout pour les médicaments qui sont sur le marché depuis long- temps. «Mais la décision de retirer un produit du marché n’est normalement pas prise uniquement sur la base du prix d’un seul pays», ajoute Friederieke von Redwitz, responsable de la communication. «Une telle décision est prise en général au niveau global en prenant en compte divers aspects.» En ce qui concerne Esidrex, Novartis ne s’attend pas à une rupture de stock dans un avenir prévisible.
PAS

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