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Un Meetic pour les porteurs de maladies vénériennes

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 Samedi, 17 mai 2014

Un site de rencontre pour les personnes touchées par une infection sexuellement transmissible débarque 

Dans le monde merveilleux de la rencontre numérique, les célibataires bien dans leur siècle tutoient déjà des incontournables comme  Meetic.fr et  Adopteunmec.com ou encore la toute récente application Tinder. 
A côté de ces mastodontes de la drague 2.0 fleurissent des sites de niche destinés aux comptes en banque bien garnis, aux dodus ou même aux vilains. Mais dans cette forêt de possibilités, rien n’était véritablement offert aux Helvètes esseulés victimes d’une infection sexuellement transmissible (IST). Pourtant la question se pose tous les jours pour plusieurs milliers de Romands: comment nouer une relation amoureuse durable lorsque des chlamydias, des papillomavirus, la syphilis, de l’herpès génital ou le VIH s’invitent sous la couette?
Pour apporter un élément de réponse, deux Lausannoises ont imaginé makesometies.com , une plateforme permettant aux personnes infectées d’échanger leurs expériences, de se rencontrer et, pourquoi pas, d’entamer une relation amoureuse. «Le but est de faciliter la démarche, de démystifier la chose, de casser les tabous pour ouvrir d’autres portes», explique Elisabete Venancio, cofondatrice du site avec sa sœur Claudia. Une initiative d’autant plus surprenante que le duo vaudois ne baigne pas outre mesure dans l’univers des maladies de Vénus. «L’idée du site m’est venue il y a deux ans, confie encore l’entrepreneure. Au hasard d’une recherche Internet, j’ai été bouleversée par le témoignage d’une femme séropositive de 48 ans, contaminée à son insu par un époux infidèle. Cette femme voulait continuer à vivre et voulait savoir s’il existait un site de rencontre pour les personnes dans son cas. Je me suis demandé comment j’aurais réagi à sa place.»

Protéger les données sensibles

S’il est nouveau chez nous, le concept n’est pas vraiment né sur les rives du Léman. Au Canada ou aux Etats-Unis, des sites comme www.itsrencontres.com , www.positivesingles.com ou www.thepositiveconnection.com invitent les cœurs solitaires contaminés à entrer en contact. Un site français, positivdate.com , se charge en plus de favoriser les rencontres, de donner des informations sur les MST et les IST.
A vue de clic, makesometies.com ressemble donc à n’importe quel site de rencontre de niche: une succession de profils avec quelques informations sommaires. A la différence près que l’accent est largement mis sur la protection des données. Un élément non négociable aux yeux des créatrices du site: «Le nouvel inscrit peut, par exemple, décider de montrer ou non sa photo de profil. Nous voulions éviter que des images d’usagers ne se retrouvent par hasard dans les mains d’un patron ou d’un voisin, les conséquences pourraient être dramatiques. Pour les mêmes raisons, nous avons fait le choix d’éviter la possibilité de géolocaliser son interlocuteur ou interlocutrice. Tout doit rester discret.»

Un accueil favorable

David Perrot, directeur du Groupe sida Genève, se réjouit de cette initiative. «Aujourd’hui, on arrive à gérer l’épidémie, les médicaments sont efficaces mais l’impact de la stigmatisation n’a pas changé. Il demeure plus facile, encore aujourd’hui, d’annoncer que l’on souffre d’un cancer ou de diabète que de parler de sa séropositivité. Du coup, ce genre de site tombe à point nommé.» D’autres en revanche sont tentés de voir dans makesometies.com une forme de ghettoïsation. Elisabete balaie cette objection d’un revers de la main: «Notre objectif n’est pas de cloisonner les gens. Rien ne les oblige à aller sur le site ou à ne nouer des relations qu’avec d’autres personnes infectées. C’est simplement plus facile pour certains d’annoncer la couleur directement, de s’alléger du poids de l’aveu. Là au moins les choses sont claires tout de suite, chacun sait à quoi s’attendre.»
D’autant que la demande est bien réelle: dans le magazine Remaides du Groupe sida Genève, on trouve régulièrement des petites annonces de séropositifs cherchant à rencontrer quelqu’un. «On ne parle pas de sexe mais bel et bien de relation durable, explique David Perrot. Les personnes à la recherche de contact charnel vont plutôt sur les forums de discussion pour dénicher un ou une partenaire.» Pour le moment, l’inscription est gratuite. «Nous attendons d’avoir une certaine masse critique avant de rendre certaines fonctionnalités payantes. Il faut d’abord que le bouche à oreille fonctionne.»
Cécile Denayrouse

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