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Faciliter l’assistance au suicide pour les aînés?

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 Samedi-dimanche 24-25 mai 2014

EXIT alémanique relance la discussion sur  les conditions d’octroi  de la potion létale  

Les délégués de l’association EXIT Suisse alémanique diront aujourd’hui, lors de leur assemblée générale, s’ils assouplissent ou non les règles de l’assistance au suicide. Tout comme EXIT Suisse romande l’a fait à la fin du mois d’avril, les statuts devraient être modifiés de sorte que les personnes atteintes de polypathologies liées à l’âge puissent aussi avoir droit à la dose létale. Ce serait l’officialisation d’une pratique déjà largement répandue.
La réunion annuelle sera surtout l’occasion d’un débat sur un assouplissement généralisé, à long terme, des conditions pour les personnes très âgées. «Pour une personne de plus de 85 ans, se plier à de multiples examens médicaux peut être très pénible. Et on peut se demander si cela a vraiment un sens pour une personne d’un certain âge en fin de vie», explique Bernhard Sutter, vi ce-président d’EXIT Suisse alémanique. Bien que quelques membres le réclament, pas question cependant de se passer totalement de l’avis d’un médecin. «C’est irréaliste, la loi exige une ordonnance délivrée par un médecin pour se procurer le produit. Mais c’est une bonne chose de lan cer la discussion.»
Avec le vieillissement de la population et une augmentation constante de ses membres – EXIT Suisse alémanique reçoit désormais entre 60 et 100 demandes d’adhésion par jour – l’assouplissement progressif des conditions paraît inéluctable aux yeux de l’association.
Les évolutions d’EXIT accompagnent peut-être un changement de société, mais elles ne font pas l’unanimité. «C’est la suite du grignotage traditionnel d’EXIT depuis des années, réagit l’éthicien et théologien Denis Müller. Il faut un grand débat d’éthique médicale sur l’euthanasie, mais pas uniquement centré sur cette association. EXIT reste un phénomène marginal mais qui a l’art de se mettre en avant. Ils ont tendance à vouloir monopoliser le discours médical; c’est aux médecins de se profiler plus clairement.»
La Fédération des médecins suisses (FMH) regrette quant à elle que le médecin soit de moins en moins considéré comme un acteur de référence. «Or, c’est lui qui peut déterminer s’il s’agit d’une dépression passagère liée aux problèmes de la vieillesse ou un réel désir de partir définitivement», estime Remo Osterwalder, membre du comité central de la FMH. Le spécialiste craint aussi que les autres alternatives ne soient pas suffisamment exposées. «EXIT agit certainement sans intérêt, mais on peut imaginer que lorsque l’on est trop impliqué, cela nous empêche de prendre du recul et de voir les autres options. C’est comme un tribunal. Je préfère qu’entre l’accusé et le juge, il y ait aussi un avocat.» 
Lucie Monnat Zurich

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