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Les géants pharmaceutiques, ces (très chères) vaches sacrées

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Mardi, 27 mai 2014

L’Editorial

Quatre-vingts millions de francs.  Voilà ce que nous pourrions économiser chaque année en coûts de la santé si les pharmas ne verrouillaient pas le marché d’un médicament contre le risque de cécité chez les personnes âgées. Ce scandale porte un nom: Lucentis, traitement qui a dégagé en 2013 un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards de francs pour Roche et Novartis, qui se partagent le gâteau sur ce coup-là.
Huit ans que ce scandale dure.  Huit ans que Roche bloque l’application ophtalmologique d’un autre de ses médicaments phares, l’Avastin (un anticancéreux à la base), dont l’injection revient plus de dix fois moins chère qu’avec le Lucentis. Huit ans de bras de fer avec les autorités sanitaires du monde entier, qui voudraient généraliser le recours à l’Avastin. Et pas d’avancée décisive.
En Suisse, seul un rabais  sur le Lucentis a été obtenu. L’injection est passée de 1500 à 100o francs, toujours dix fois plus chère qu’une dose d’Avastin. Alors comment faire plier pour de bon le puissant lobby pharmaceutique? En Italie, puis maintenant en France, l’Etat a décidé d’attaquer Roche et Novartis par le porte-monnaie.
Des enquêtes pour entente illicite entre concurrents sont en cours. Une première amende de 219 millions de francs a été prononcée et aussitôt contestée par les pharmas. En Suisse, pas question d’attaquer aussi frontalement les «géants bâlois». Même le socialiste Alain Berset se garde de montrer les muscles. Tout au plus, le ministre de la Santé suggère que le Parlement change un jour la loi pour éviter pareil scandale. Un jour, c’est-à-dire jamais!
Ludovic Rocchi

QUI VEUT GAGNER DES MILLIONS ?

PHARMA  Enquêtes et amendes pleuvent sur Roche et Novartis  en Europe pour un médicament ophtalmologique vendu  trop cher. En Suisse, on se renvoie la balle,  alors que des centaines de millions  d’économies sont  en jeu.  

Voilà bientôt dix ans que ça dure, et ce n’est pas fini! Le scandale de l’imposition d’un traitement 10 à 40 fois plus cher qu’un autre selon les pays met de nouveau sous pression les géants pharmaceutiques Roche et Novartis. Mais les deux entreprises suisses ne semblent pas près de plier, tant leurs intérêts se comptent en milliards dans cette affaire. Il s’agit de la vente du Lucentis, médicament prescrit en injections à près de 30 millions de patients dans le monde, victimes d’une maladie de l’œil hélas fort répandue: la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA).
Sur le marché depuis 2006, le traitement est efficace et évite de nombreux cas de cécité. Le problème, c’est qu’une autre molécule injectée dans l’œil, l’Avastin, est tout aussi efficace pour beaucoup moins cher. En Suisse, la dose de Lucentis revient à plus de 1000 francs, alors que celle d’Avastin coûte moins de 100 francs. Cet écart était encore plus grand avant 2011, date à laquelle un rabais de 30% avait été arraché pour le Lucentis par la Confédération. Mais le combat pour économiser jusqu’à 100 millions de francs par année dans l’assurance-maladie de base s’est arrêté là.
La fronde se poursuit pourtant dans de nombreux autres pays, dont les Etats-Unis et le Japon, pour imposer l’usage de l’Avastin contre la volonté de Roche et Novartis, ligués pour défendre et se partager la vente du Lucentis (Roche pour l’Amérique du Nord et Novartis pour le reste du monde).
Et, coup d’éclat européen, les autorités sanitaires ont passé le relais à leurs polices antitrust en Italie et en France. Début mars, l’autorité italienne de la concurrence a infligé une amende record de 219 millions de francs à Roche et Novartis pour «entente illicite». L’enquête se poursuit au niveau pénal en Italie, alors que l’Autorité française de la concurrence a frappé à son tour. Le 9 avril dernier, 15 de ses inspecteurs ont perquisitionné les sièges de Roche et de Novartis. La Commission européenne pourrait également sévir.

Pas d’enquête en Suisse

Et en Suisse, alors? Rien ne bouge vraiment. La Commission de la concurrence (Comco) suit de près les procédures italienne et française, mais aucune enquête ne sera ouverte pour l’heure en Suisse.
Et pourquoi? «Il faut des éléments concrets qui touchent le marché suisse et nous ne les avons pas trouvés dans le jugement italien», indique Olivier Schaller, vice-directeur de la Comco. Pour lui, une éventuelle amende ne résoudrait pas le problème de fond, à savoir qu’il faudrait faire homologuer l’Avastin (anticancéreux de Roche) pour son usage ophtalmique. Ce que le géant bâlois s’est toujours refusé à faire.
«Roche estime que le Lucentis est le traitement le plus approprié pour la DMLA», nous a répété une porte-parole. Et de préciser que le groupe a fait appel du jugement italien, contestant toute entente illicite avec son concurrent Novartis.

Au Parlement d’agir

Seul moyen d’imposer l’Avastin: Berne devrait faire homologuer le produit moins cher contre l’avis de Roche, en s’aidant des nombreuses études internationales déjà effectuées sur son efficacité et sa fiabilité identiques au Lucentis. Le ministre de la Santé Alain Berset est-il prêt à s’engager dans pareille bataille? Sa porte-parole, Nicole Lamon, indique que le conseiller fédéral est conscient du problème, mais il renvoie la balle au Parlement. «Pour que la situation change en Suisse, il faudrait une modification de la loi sur les produits thérapeutiques, précise la porte-parole. Or le Conseil national a révisé cette loi il y a trois semaines. Par rapport au projet proposé par le Conseil fédéral, le National a pris des décisions plus favorables aux entreprises pharmaceutiques.»
Le message est clair: il n’existe pas de majorité en Suisse pour affronter les géants de la pharma. Vice-président de la Fédération suisse des patients et conseiller national, Jean-François Steiert (PS/FR) est bien placé pour le savoir. Il a tenté sans succès de proposer une «lex Avastin» pour inclure dans la loi la possibilité d’une homologation ou extension d’indication forcée. Aujourd’hui, il estime que les caisses maladie devraient mettre la pression: «J’appelle tous les assureurs à accepter le remboursement du traitement dix fois moins cher!»

Ça tourne en rond

Le défenseur des patients dit vouloir aussi négocier un projet de loi directement avec les assureurs: «Il faudrait leur octroyer la compétence d’exiger l’homologation de traitements quand ils sont efficaces et avantageux pour leurs assurés.»
Du côté des caisses maladie, on ne cache pas que le scandale Lucentis fait réfléchir. «Nous avons calculé que 80 millions de francs pourraient être économisés annuellement avec l’Avastin, indique Christophe Kaempf, porte-parole de SantéSuisse. Nous sommes donc intéressés à discuter des nouveaux moyens d’intervention qui pourraient nous être octroyés.» On le voit, ça tourne plutôt en rond et aucune action coup-de-poing n’est donc à attendre en Suisse pour économiser des millions.
● LUDOVIC ROCCHI

 

 

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