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Plus de 40 personnes sont mortes de la grippe aux HUG

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Samedi-dimanche, 18-19 avril 2015

L’épidémie a touché un nombre élevé de patients, en raison d’un nouveau type de virus et d’un vaccin peu efficace

Cet hiver, l’épidémie de grippe a pris une ampleur inhabituelle. La circulation d’une nouvelle souche de virus, associée à une faible efficacité du vaccin, a décuplé les effets de la maladie. Aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), où siège le centre national de référence pour la grippe, 478 patients ont été diagnostiqués avec le virus – qu’ils l’aient attrapé à l’Hôpital ou non – contre 309 l’hiver précédent. Selon l’institution, «près de 9%» des malades ont succombé des suites directes ou indirectes de la maladie. Soit environ 43 personnes, contre 25 l’an passé.
Comment expliquer cette augmentation? «Les vagues de grippe dépendent de l’immunité de la population, explique le professeur Laurent Kaiser, chef du service des maladies infectieuses. Un virus auquel la population n’a pas été exposée a plus de chances de se transmettre largement. Chaque année, trois familles circulent: H1N1, H3N2 et B. Cette année, le H3N2 a muté et acquis une forme à laquelle la population n’avait jamais été confrontée.»A cela s’est ajoutée la piètre protection offerte par le vaccin. «Il n’est jamais parfait, les virus de la grippe mutant en permanence», rappelle l’expert. La vaccination offre toujours une protection contre la maladie, mais cet hiver, «son efficacité n’a parfois pas dépassé 20% contre la souche H3N2». Conséquence, le nombre de malades a pris l’ascenseur, et avec lui le nombre de décès. «Ces 9% de mortalité nous montrent que la grippe est une maladie sérieuse», observe Laurent Kaiser.
La part des infections nosocomiales – c’est-à-dire des grippes attrapées à l’hôpital – aurait, elle, diminué de 48% à 35%. «Si l’on pratique un dépistage plus large, la proportion des cas nosocomiaux est difficile à comparer d’une année sur l’autre, nuance Laurent Kaiser. Mais c’est un signe très encourageant.» Pour la Dre Anne Iten, médecin adjoint au service de contrôle et prévention de l’infection, cela prouve l’efficacité des mesures de prévention.

Dépistage massif dès 2009

La politique hospitalière genevoise consiste, depuis plusieurs années, à surveiller l’épidémie de très près. Le déclic a eu lieu en 2009. «Les autorités nous ont imposé, à raison, une nouvelle stratégie de dépistage massif de la grippe, reprend Laurent Kaiser. Avant, ce n’était pas le cas, et dans certains hôpitaux, on continue à ne pas s’intéresser vraiment à la grippe. De manière très pragmatique, on est toujours un meilleur médecin lorsqu’on sait ce que l’on traite. Le patient en bénéficie. Par exemple, un patient à qui l’on a diagnostiqué la grippe sera placé en chambre isolée. Une mesure de précaution très efficace et qui ne sera évidemment pas prise si la maladie n’a pas été identifiée.»
Outre le dépistage serré de la maladie, les HUG encouragent vivement les employés à se vacciner. Le personnel qui refuse doit porter un masque dans les zones de soin durant l’épidémie. L’institution affiche le plus haut taux de vaccination du pays avec 46,6% du personnel vacciné (65% des médecins et 41% des infirmiers). Les soignants et les visiteurs sont invités à respecter des mesures rigoureuses d’hygiène des mains et cet hiver, le port du masque a été étendu au personnel vacciné et aux visiteurs.
Sophie Davaris

Pionniers en Suisse, les HUG changent-ils de cap?

Chaque année, les HUG dévoilent un bilan précis de la grippe, sans éluder le nombre de morts. Pas cette année. La direction a refusé de donner le nombre exact de décès dus au virus, livrant un pourcentage approximatif et laissant la Tribune se livrer à une estimation hasardeuse. La maladie aurait tué «environ» 43 personnes. Aucune raison claire n’explique ce changement de cap.
Selon Andreas Widmer, la stratégie employée jusqu’ici par Genève lui permet «d’être nettement en avance sur le plan de la prévention». Le professeur d’infectiologie de l’Hôpital de Bâle voit en ses pairs genevois «des pionniers». Encourager la vaccination, dépister la grippe, répertorier les cas et publier les résultats est essentiel dans la lutte contre la maladie. «Cela peut faire peur dans un premier temps, mais sans les chiffres, personne ne va réaliser que la grippe est dangereuse.» L’Office fédéral de la santé publique invite d’ailleurs les hôpitaux à produire des statistiques sur la grippe. «Si ces informations paraissent dans la presse, les firmes pharmaceutiques offriront peut-être de meilleurs vaccins, efficaces plus longtemps», espère Andreas Widmer.
Pour Laurent Kaiser, «on peut avoir l’impression qu’aux HUG, la grippe touche les patients plus qu’ailleurs; ce n’est pas le cas. Elle circule partout. Dans les hôpitaux où le virus est peu identifié, les complications de la grippe sont attribuées à une décompensation cardiaque ou une broncho-pneumonie. Les HUG sont une institution publique. Notre devoir est de rester ouverts et transparents.»
S.D.

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