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«Le vrai problème de santé, c’est le cancer»

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Mardi, 28 avril 2015

Le Dr Christophe Oberlin connaît très bien Gaza, où il se rend régulièrement. Il donnera ce soir une conférence au CHUV. Entretien

Christophe Oberlin est un habitué de Gaza. Militant propalestinien de longue date, ce professeur de médecine à l’Université Paris VII et chirurgien à l’hôpital Bichat est l’un des meilleurs connaisseurs du petit territoire placé sous blocus par Israël. Invité par la Centrale sanitaire suisse romande et le Mouvement des étudiants travaillant contre les inégalités d’accès à la santé, il donnera ce soir au CHUV à Lausanne une conférence sur la situation sanitaire dans la bande de Gaza (*), huit mois après la fin de l’opération israélienne «Bordure protectrice».

A quand votre dernier séjour à Gaza remonte-t-il?
Au mois de mars. J’y vais trois fois par an depuis la fin de 2001.

Comment qualifieriez-vous la situation sanitaire de Gaza aujourd’hui?
D’une manière générale, elle est assez bonne, parce que contrairement à ce que beaucoup de gens croient, Gaza se situe, selon l’OMS, dans les pays moyennement voire supérieurement développés. Ce qui pèse terriblement, ce sont les effets du siège.

C’est-à-dire?
Il y a les attaques régulières qui provoquent une véritable hémorragie, mais les plus graves sont les effets permanents du blocus israélien. En particulier le problème du cancer est absolument dramatique parce que, depuis que le siège s’est aggravé en 2006, tous les systèmes de dépistage, de traitement des cancéreux, les radiothérapies, tout cela est bloqué. Et donc, le véritable problème de santé de Gaza, c’est le traitement du cancer.

Quelles leçons avez-vous tirées de la guerre, notamment sur la prise en charge des quelque 10 000 blessés?
Avec les trois dernières guerres, les Palestiniens ont beaucoup progressé dans l’accueil des blessés. C’est à ce point remarquable que deux articles du Lancet (ndlr: la revue médicale britannique qui fait référence) ont été consacrés à la prise en charge médicale lors des dernières guerres de Gaza. La médecine à Gaza est au stade de la publication dans les revues spécialisées. C’est complètement paradoxal!

Que dire des problèmes psychiatriques?
Ils sont très importants mais les structures de la société et de la famille sont les mieux adaptées pour s’occuper de ce genre de traumatisme. L’effet familial, l’effet de groupe jouent de manière remarquable. Sans oublier la religion, qui a fait un retour remarqué, comme le disent eux-mêmes les Palestiniens. Sous la pression extérieure, on retourne à la mosquée, c’est clair.

Les médecins gazaouis doivent-ils encore bricoler?
Non. Le système médical est en ordre de fonctionner et fonctionne bien, hormis les réserves sur la question du cancer et de l’approvisionnement en pièces de rechange et de certains médicaments.

Et la situation sanitaire?
Il y a de gros problèmes de «sanitation», c’est-à-dire d’eau potable, de traitement des eaux usées et des ordures.

La conclusion du médecin?
Gaza est un endroit du monde où la médecine est de haut niveau, mais le blocus rabaisse ce niveau aux dépens de ceux qui meurent en silence, c’est-à-dire les dialysés, les diabétiques, les cancéreux qui n’ont plus les produits ou les appareils pour leurs traitements. C’est une mort lente.
* Auditoire Yersin, mardi 28 avril, 18 h
Bernard Bridel

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