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Berne s’attaque aux infections nosocomiales

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Mardi, 7 juillet 2015

La Confédération dévoile une stratégie nationale pour lutter contre un phénomène à l’origine de 2000 décès par an

Entrer dans un hôpital ou un EMS, s’y faire soigner et y contracter une nouvelle infection. Le phénomène est mal documenté et soumis à la polémique dans un univers médical où la réputation est un enjeu majeur. Mais, selon les dernières estimations disponibles, on recenserait 70 000 infections liées aux soins chaque année en Suisse, entraînant 2000 décès.
La Confédération veut désormais attaquer le phénomène à la racine. L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a dévoilé hier une stratégie nationale dans ce but. Le projet est mis en consultation jusqu’en septembre, pour une entrée en vigueur possible au début de l’an prochain.
«Le problème est connu depuis longtemps en Suisse. Nous avons même avec les HUG à Genève une référence mondiale dans la prévention des infections liées aux soins. Malgré tout, il reste des lacunes», constate Daniel Koch, chef de la division Maladies transmissibles à l’OFSP. «Selon différentes études, 20% à 50% des infections liées aux soins seraient évitables», poursuit sa collègue Ulrike Schröder, cheffe du projet NOSO. En termes de frais hospitaliers, des économies annuelles entre 99 et 336 millions pourraient être réalisées.
Les objectifs de la Confédération sont ambitieux, les moyens pour y parvenir moins spectaculaires. Berne maniera beaucoup la carotte, et un petit peu le bâton. Il s’agira de former, d’informer, de surveiller et de documenter la situation ou encore d’établir des directives nationales uniformes.
Côté bâton, à terme, l’autorisation d’exploiter délivrée aux établissements médicaux pourrait dépendre de l’engagement de ces derniers dans la prévention des infections nosocomiales. Certaines mesures ou directives nationales pourraient aussi devenir obligatoires. «Le cadre légal nous donne cette possibilité. Mais le plus important, c’est que les institutions soient convaincues de la nécessité de prendre des mesures», tempère Daniel Koch. D’ail­leurs, «en Suisse, aucun établissement ne renonce consciemment à une mesure d’hygiène», affirme le Dr Stefan Kuster, de l’association Swissnoso.
Mais le nerf de la guerre reste le financement de ces mesures de prévention et de lutte contre les infections liées aux soins, pas ou peu récompensées, particulièrement dans les EMS. Selon le projet mis en consultation, «des incitations doivent être créées» et des mécanismes de financement trouvés. «Il est bien clair que les mesures à prendre dans le milieu hospitalier devront faire partie des coûts totaux à la charge de la LAMal», souligne Conrad Engler, membre de la direction d’H+, la faîtière des hôpitaux. Sur le fond toutefois, H+ voit d’un bon œil la stratégie NOSO. «Nous tirons à la même corde que l’OFSP. Les hôpitaux font déjà beaucoup dans ce domaine, mais on peut toujours faire mieux», conclut Conrad Engler.
Lise Bailat Berne

 

 

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