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La maladie de Lyme avance en silence

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Mardi, 7 juillet 2015

Une biologiste française lance un cri d’alarme: de très nombreux patients sont victimes de la borréliose sans le savoir. La faute au manque de fiabilité des tests de dépistage.

Les tiques n’ont pas fini de faire parler d’elles. Selon un récent rapport réalisé aux Pays-Bas, leur nombre a augmenté de 64% en l’espace de cinq ans. Et il n’y a aucune raison que la situation soit différente ailleurs en Europe, selon Viviane Schaller, biologiste française, spécialisée dans la maladie de Lyme. Mais le gros problème, c’est que nombre de ces acariens – jusqu’à 50% selon les régions – transmettent la borréliose (maladie de Lyme).
Cette spécialiste qui vient de sortir un livre sur la question*, lance d’ailleurs un cri d’alarme. «En France, moins de 10 000 personnes sont soignées pour la maladie de Lyme, alors qu’elles sont sans doute plusieurs millions à en souffrir. C’est une véritable pandémie», clame-t-elle.
Principal problème: le dépistage. «Les tests à disposition manquent de fiabilité. De plus, de nombreux médecins ne sont pas au clair sur leur utilisation, souligne Viviane Schaller. Par ailleurs, contrairement à ce que l’on croit souvent, l’apparition d’une auréole rouge dans les jours suivant la morsure n’est pas systématique. Dans un cas sur deux, on ne voit rien.»
Résultat: de nombreuses borrélioses ne sont pas détectées et traitées précocement. Elles risquent alors de se manifester sous forme chronique, quelques mois voire quelques années plus tard. «Les symptômes peuvent être très variés, souligne la biologiste: fatigue chronique, douleurs articulaires ou musculaires, troubles cardiaques, oculaires, psychiques, problèmes neurologiques qui peuvent aller jusqu’à la paralysie. La plupart des médecins ne pensent pas au vu de ces symptômes qu’il puisse s’agir d’une maladie de Lyme et les patients ne sont pas traités correctement.»

Il faut savoir interpréter

Si en France la polémique fait rage sur la borréliose, à tel point que les autorités sanitaires réclament aujourd’hui d’autres modes de dépistage, qu’en est-il en Suisse? «Il n’y a pas de pandémie cachée, mais la borréliose prend toujours plus de place dans la société», selon le microbiologiste Reto Lienhard du Laboratoire de référence Borrelia, à La Chaux-de-Fonds. Il relève qu’«il n’existe pas de système de déclaration obligatoire permettant d’être plus précis». Même si un rapport publié en avril par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) fait état d’une estimation annuelle de 10 000 cas de borréliose en Suisse. Quant aux tests, le spécialiste reconnaît: «Ils ne sont pas très satisfaisants, mais il faut savoir les utiliser et les interpréter dans le bon contexte clinique pour en tirer un optimum de résultats.» Il faut également prendre garde, dit-il, à mentionner la borréliose chronique comme la cause de tous les maux, même l’invalidité, alors que les preuves médicales et microbiologiques sont absentes dans la plupart des cas. Toutefois, pour Anita Comba, répondante romande pour la Ligue suisse des personnes atteintes de maladies à tiques, le problème reste plutôt de sortir la borréliose chronique du déni dont elle souffre auprès des milieux médicaux.
* «Maladie de Lyme, l’épidémie qu’on vous cache», de Viviane Schaller, Thierry Souccar Editions
PASCALE BIERI

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