Chirurgie à l’étranger : un risque clairement non calculé (Edito de La lettre de l’AMG de juillet-août 2015)

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L’Inde est fascinante. Comme le disait si justement Rudyard Kipling, l’Inde «tu l’aimes ou tu la détestes», tant les émotions sont fortes pour tout voyageur qui parcourt le souscontinent indien. Toute actualité people est emphasée, augmentée dans son exposition médiatique et commentée. Au début du mois de juin, une actrice connue de Bollywood, Aarthi Agarwal, est décédée à 31 ans des suites d’une liposuccion. L’intervention chirurgicale a eu lieu non pas en Inde, mais aux Etats- Unis. Le choc est immense en Inde tant le lien qui unit la population aux stars de l’industrie du cinéma de Mumbay est important. La starisation est un phénomène planétaire.

Cette histoire tragique doit nous rappeler que tout acte chirurgical est à risque, c’est une évidence. Notre association se bat continuellement pour le libre choix du médecin et du lieu de prise en charge médicale et chirurgicale. Pouvoir choisir son docteur est fondamental. C’est le voeu exprimé par les citoyens suisses en 2008 et 2012. Le rapport de confiance entre le prestataire de soins et son patient est au coeur de notre profession. Qu’est-ce qu’un bon chirurgien? Avec certitude, un médecin qui prend en charge de façon optimale l’avant, le pendant et l’après chirurgie, c’est-à-dire l’ensemble du parcours du patient, de l’anamnèse à l’examen final post-intervention, en passant par les explications complètes des risques encourus lors de l’acte chirurgical mais aussi lors des examens pré, per et post-opératoires. Un chirurgien, c’est un professionnel, mais c’est aussi et surtout une équipe et des collègues. Les débats actuels sur la médecine hautement spécialisée le démontrent parfaitement: qui détient la spécificité chirurgicale, le chirurgien, l’établissement, son équipe ou est-ce un tout ?

Chaque citoyen est libre de décider pour son propre corps en fonction de ses convictions. Décider d’une intervention chirurgicale est un choix parfois pris en urgence, mais le plus souvent, heureusement, après une réflexion approfondie. Certains patients optent pour une intervention chirurgicale à l’étranger, à leurs frais, en mettant dans la balance surtout le coût, mais aussi le risque pris, jamais la prise en charge d’éventuelles complications. L’exotisme est attirant mais peut être dangereux. Le choix de chacun doit être respecté mais pose de vraies questions.

Le problème principal réside dans les suites d’une opération qui tourne mal. Qui doit prendre en charge les complications d’une intervention hors LAMal effectuée à l’étranger, par le seul choix du patient afin de bénéficier d’un coût moindre ? Le Tribunal fédéral est clair: l’assurance de base doit prendre en charge de tels coûts. En clair, une patiente opérée en Turquie, en Afrique du Nord ou à Grenoble d’une liposuccion, d’une plastie mammaire ou d’une opération réfractive par laser doit être soignée de ses complications en Suisse à charge de la LAMal, donc des citoyens. L’effort de solidarité de l’ensemble des assurés se heurte au choix du patient.

Souvent les techniques chirurgicales et les conditions d’hygiène lors de l’intervention ne sont pas connues, il n’existe pas de protocole opératoire et le patient est dans un état physique et psychique désastreux. Comme dans toute histoire, quand ça va bien, pas de souci, mais quand il y a une complication, c’est au médecin d’ici de réparer les dégâts et aux assureurs suisses d’assumer. Cela ne va pas. Bien évidemment l’aide au prochain est primordiael dans ces moments de détresse, mais c’est avant que les décisions ont été prises. Nombre de patients essayent de reprendre contact sans succès avec la clinique à l’étranger. L’argent est encaissé. Les ponts peuvent dès lors être coupés.

Ces derniers jours, plusieurs articles dans la presse romande ont fait la publicité d’une entreprise dite genevoise qui propose des soins dentaires ou esthétiques à l’étranger, principalement en Hongrie, avec des tarifs, bien évidemment, qualifiés de très avantageux. Il n’y a que l’argent qui est mis en avant en promettant au futur patient des soins optimaux. Pas un mot sur les risques et la prise en charge des complications. Ces agences de voyage qui souhaitent vivre du tourisme médical, bien qu’il y ait moins de palmiers en Hongrie, organisent également le transport et l’hébergement. Derrière le rêve, il reste la réalité du terrain. Les patients doivent comprendre les risques pris en se faisant soigner à bas

coût, mais aussi le fait que toute reprise chirurgicale en as de complication sur un terrain inconnu par le chirurgien qui pratique ici entraîne des difficultés techniques

supplémentaires et de nouveaux risques d’atteinte à l’intégrité corporelle. La sagesse populaire dit que le bon marché est toujours trop cher. De nombreux patients qui ont fait le choix de l’étranger peuvent témoigner des difficultés rencontrées, avec de nombreux allers-retours souvent sans réponses, et des épreuves physiques et psychiques difficiles à vivre et à assumer. Il n’a pas été question ici de formation universitaire, de formation continue, du contrôle de celle-ci, des normes imposées aux blocs opératoires en Suisse et à la qualité médico-chirurgicale. Chacun doit décider pour lui-même de son gold standard.
Michel Matter

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