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Canicule, mode d’emploi: nos conseils pour survivre

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Samedi-dimanche, 18-19 juillet 2015

Les fortes chaleurs affectent notre organisme. L’humeur, l’appétit, le sommeil et la libido s’en ressentent. Explications et recommandations pour mieux vivre durant ces quelques jours

Il suffit d’une poignée de degrés en plus et tout le corps semble chamboulé: on n’a plus faim, on ne dort plus, on devient irritable ou distant. La Tribune de Genève a voulu comprendre pourquoi la canicule qui rythme notre été, malgré quelques accalmies, perturbe l’organisme. Réponses et conseils médicaux.
La canicule pose un problème général: la température du corps augmente et ne redescend plus. «Un peu comme si nous avions de la fièvre en permanence», explique le professeur Pierre-Yves Martin, néphrologue et chef du Département des spécialités de médecine aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Les vaisseaux se dilatent, le sang s’accumule dans les extrémités, au détriment du cerveau. La tension artérielle baisse. Cela peut entraîner de la fatigue, des vertiges, voire un malaise avec chute.
Que faire? Boire beaucoup d’eau, bien sûr, mais pas seulement. Lorsqu’il fait très chaud, le corps peut perdre jusqu’à trois litres d’eau en vingt-quatre heures par la transpiration; ce faisant, il élimine également beaucoup de sel, de magnésium, de potassium. «Les cellules peuvent se dessécher ou au contraire enfler. Tout le corps souffre. Le cœur, les poumons sont mis à l’épreuve. Des nausées, des vomissements et des malaises sévères peuvent survenir, voire des crises d’épilepsie.» Il faut donc boire tout en compensant les pertes des minéraux, notamment le sel dont l’apport habituel doit être augmenté. Le médecin recommande, en outre, de veiller à ce que les médicaments pris en temps normal ne perturbent pas l’organisme en période de canicule (les diurétiques, certains médicaments contre la tension, les neuroleptiques).

Quid de notre humeur? A priori, lorsqu’il fait beau, on se sent mieux. «Ce n’est pas le cas pour tout le monde, mais l’intensité lumineuse de l’été peut être favorable au moral», note la Dre Hélène Richard-Lepouriel, psychiatre dans le programme des troubles de l’humeur, aux HUG. La hausse des températures favorise également l’activité sexuelle, complète le Dr Francesco Bianchi-Demicheli. «Lorsqu’il fait plus chaud, nous avons davantage d’énergie. Les corps se dénudent, se montrent. Les odeurs se dispersent davantage. Tout cela a un effet érogène», indique le sexologue.
Mais tout ceci vaut jusqu’à un certain point. Lorsqu’il fait trop chaud, les corps n’ont plus tellement envie de se rapprocher. Canicule et libido ne font pas bon ménage . «Lorsque la température devient gênante et que l’on dort mal la nuit, s’approcher d’un autre corps peut être mal vécu et gênant.» Mais le sexologue se veut optimiste: «On pourrait voir la canicule comme une invitation à trouver des stratégies, à faire l’amour autrement ou à d’autres moments. Le changement est une très bonne chose, la créativité étant profondément liée à l’érotisme.»

Mais que faire pour retrouver le sommeil? «En temps normal, la température corporelle interne décroît le soir, ce qui favorise l’endormissement», indique le Dr Stephen Perrig, neurologue au laboratoire du sommeil des HUG. En période caniculaire, cette baisse de température est ralentie et nous avons toutes les peines du monde à tomber dans les bras de Morphée.
«En soi, ce n’est pas une catastrophe, la canicule n’est que transitoire», rassure le médecin, qui invite à se détendre et à ne pas s’énerver contre le sommeil. Il conseille de n’aller au lit que lorsque l’on est «somnolent, même si c’est à 2 h du matin». Mais la fatigue au réveil? «Nous sommes devenus rigides dans notre façon de vivre. Nous devrions faire preuve de souplesse, nous inspirer des pays du Sud et de l’art de la sieste. Lorsqu’il fait si chaud, les employeurs devraient permettre aux gens de venir travailler plus tard. Et le week-end, mettons-nous dans un hamac pour le plaisir de paresser et de laisser voguer notre imagination…»
Sophie Davaris

Refroidir son chez-soi: les bonnes idées

A un moment ou à un autre, il faut forcément rentrer chez soi, après le travail, les vacances, l’après-midi au parc ou dans l’eau. Et là, la fournaise. Avec elle pointent les insomnies et la quête d’un courant d’air chimérique. En ces temps de canicule, refroidir son logement devient un défi. Alors que les climatiseurs mobiles sont chers – en partant du principe que la canicule reste une exception – et que les dispositifs fixes sont soumis à une batterie d’autorisations, comment faire baisser de quelques degrés la température dans les pièces? «Il n’y a pas de solution miracle, refroidit d’emblée Pierre Hollmuller, chercheur au Centre universitaire d’étude des problèmes de l’énergie (CUEPE) de l’Université de Genève. Nos bâtiments n’ont pas été conçus pour résister à cette chaleur qui est, pour nous, exceptionnelle.» Restent alors les consignes usuelles, celles qui consistent à renverser nos habitudes: maintenir les fenêtres et les stores ou volets fermés durant le jour afin de conserver le frais; et ouvrir la nuit, pour espérer capter un brin de fraîcheur. A ce jeu-là, les habitants d’appartements traversants bénéficient d’un avantage notable. Autre élément déterminant: la position des stores. Ils permettent de protéger de la chaleur uniquement à l’extérieur. Lorsque ceux-ci sont placés à l’intérieur, leur rôle est vain. «Dans ce cas, ils protègent certes de la lumière, mais pas de la chaleur. Au contraire, on risque l’effet de serre avec un store qui chauffe et la vitre qui empêche l’air de circuler», relève Pierre Hollmuller.
Si le physicien a pour habitude de mener des recherches sur des dispositifs complexes permettant aux bâtiments de se rafraîchir, il peut également livrer un bon conseil pratique, accessible à tous; du moins à ceux qui ont réussi à mettre la main sur un ventilateur. Imbiber d’eau une serviette et la placer devant l’engin en marche. «Cela crée un flux d’air agréable, mais également de l’humidité, note le chercheur. On reproduit l’effet que peuvent avoir des appareils portatifs de refroidissement par évaporation.»
Enfin, la Toile regorge de conseils plus ou moins efficaces pour, peut-être, dormir au frais. A chacun de faire ses expériences dans ce florilège: dormir dans un sac à viande humide, enfiler des chaussettes mouillées (puisque la sensation de chaleur vient par les pieds) ou placer l’oreiller au congélateur avant d’aller se coucher.
D’autres suggèrent de dormir seul puisque le corps humain est source de chaleur. Reste à ne pas être celui qui va devoir passer la nuit sur le canapé.
Luca Di Stefano

Le climat se réchauffe donc ?

Une canicule n’est pas la traduction du réchauffement climatique.
En revanche, Martin Beniston, directeur de l’Institut des sciences de l’environnement à l’Université de Genève, tisse un lien entre la canicule de cette année et un monde généralement plus chaud. Il fait en moyenne 1 °C de plus qu’il y a vingt ou cinquante ans, rappelle-t-il. «Plus il fait chaud en moyenne, plus intenses peuvent être les pics de chaleur. Et plus la moyenne des températures est élevée, plus la période caniculaire peut être longue», explique-t-il. Plusieurs études climatologiques anticipent qu’après 2050, sous nos latitudes, un été sur deux pourrait être aussi chaud que celui de 2003.
Au fil du siècle, les épisodes de grosses chaleurs ont eu tendance à se rapprocher en Suisse. Des températures supérieures à 32 °C ont été enregistrées au cours des étés 1921, 1947, 1983, 1994, 2003, 2006, 2010 et 2015. Un indice du réchauffement climatique, estime Martin Beniston: «Si le climat ne changeait pas, statistiquement, sur un siècle, il n’y aurait aucune raison de voir un regroupement des périodes caniculaires ces dernières années.»
Autre effet troublant? L’Europe n’est pas la seule victime de la canicule cette année. «La côte ouest des Etats-Unis, l’Inde et le Pakistan ont été touchés, l’Alaska et le cercle polaire ont enregistré des températures extraordinaires, supérieures à 30 °C. Cette simultanéité est inédite et préoccupante», souligne-t-il.
En Suisse, les premières victimes du réchauffement climatique sont les glaciers. «Aujourd’hui, ils fondent vite et les rivières sont pleines, mais à terme les conditions hydrologiques du Rhin et du Rhône pourraient sensiblement diminuer en été, ce qui causerait des problèmes pour l’hydroélectrique, l’agriculture ou encore le tourisme.»
Laure Gabus

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