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Les Suisses se font presque autant retoucher le corps que les Brésiliens

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Dimanche, 19 juillet 2015

Le champion toutes catégories sur sol helvète est l’arc lémanique, où la densité de chirurgiens spécialisés est la plus forte du pays.

La Suisse se situe à quelques coups de bistouri du Brésil. L’an dernier, 53 300 opérations esthétiques ont été pratiquées dans notre pays, selon la société de conseil Acredis, basée à Zurich. Cela correspond à 65 interventions chirurgicales pour 10 000 habitants. C’est presque autant qu’au Brésil (66) et très loin devant… les Etats-Unis (46). Quant aux Français ou aux Allemands, ils se font opérer pratiquement deux fois moins souvent que les Suisses, selon une étude comparable réalisée dans une demi-douzaine de pays pour l’International Society of Aesthetic Plastic Surgery.
En Suisse, le marché continue de croître, les patientes sont de plus en plus jeunes et près d’une intervention sur cinq est réalisée sur des hommes. C’est ce qui ressort d’un autre sondage réalisé ces dernières semaines par «Le Matin Dimanche» pour comprendre cet engouement des Suisses pour la chirurgie esthétique. Sur les quelque 200 chirurgiens plasticiens du pays, un quart nous a répondu.

Forte concurrence

Sur l’arc lémanique, on semble davantage souffrir de la concurrence et une minorité de praticiens annoncent même une légère baisse de leur chiffre d’affaires. Il faut dire que la région concentre une part importante des cliniques spécialisées. On compte six chirurgiens esthétiques pour 100 000 habitants à Genève et cinq dans le canton de Vaud. C’est le double de Zurich, cinq fois plus que dans le canton de Berne.
Plusieurs chirurgiens genevois expliquent cette concurrence accrue par l’arrivée croissante de spécialistes étrangers, notamment français, qui viennent exercer à Genève, attirés par des tarifs deux à trois fois plus élevés que dans l’Hexagone. Quant à la concurrence à l’étranger, les trois quarts des répondants notent qu’elle est aussi en augmentation: les Suisses n’hésitent plus à partir au Portugal pour se payer un lifting ou une liposuccion au meilleur prix. Cette concurrence se fait évidemment aussi sentir sur les tarifs en Suisse. A Zurich, par exemple, une clinique propose un forfait de 9800 francs pour une augmentation mammaire, contre 12 000 à 18 000 francs habituellement.
Malgré ses tarifs élevés, la chirurgie esthétique suisse continue d’attirer la clientèle étrangère. Un quart des chirurgiens interrogés reçoivent jusqu’à 10%, quelques-uns même 20% de clients venus d’ailleurs. Logiquement, ce sont surtout des Allemands en Suisse alémanique, des Français et des Italiens en Suisse romande. Mais les cliniques de luxe de l’arc lémanique séduisent aussi de nombreux patients d’Europe de l’Est ou des pays du Golfe.
Auprès de ces clients exigeants, les spécialistes helvétiques ne se démarquent pas avec des outils à la mode comme la simulation 3D, que certains de nos répondants ont testée avant d’abandonner.
«Parfois le patient emporte carrément une photo de la simulation à la maison. Mais le résultat après l’opération ne correspond pas toujours à cette image», explique Kouroche Amini, chirurgien esthétique à Genève. Avec pour conséquence d’augmenter le risque de plaintes. Seuls une poignée de chirurgiens osent à ce stade la 3D.

Deux fois plus d’hommes

Selon notre sondage, le nombre d’hommes confiant leur corps à un chirurgien esthétique a doublé en dix ans. Ces derniers constituent désormais près 20% de la patientèle en moyenne, mais certains chirurgiens ont senti le créneau et peuvent opérer presque autant d’hommes que de femmes. Pour le Dr Badwi Elias qui exerce aux Cliniques Générale-Beaulieu et de Genolier, un tabou est tombé: «L’homme ne cache plus qu’il veut rester jeune, il accepte de s’occuper de soi et de son aspect physique.» Les plus jeunes, en dessous de 40 ans, viennent se faire refaire le nez. Après 50 ans, ils souhaitent redresser leurs paupières qui tombent ou masquer de petites poches sous les yeux… Les hommes sont aussi très consommateurs de Botox pour diminuer l’effet du vieillissement. Et, c’est de moins en moins rare, ils viennent aussi parfois pour une gynécomastie, c’est-à-dire une diminution de la glande mammaire.

Les seins en tête

Chez les femmes, c’est l’augmentation mammaire qui est l’opération la plus pratiquée (voir ci-contre). Désirent-elles la même poitrine que Beyoncé ou Nabilla? Pas du tout. Très loin des idées reçues, les chirurgiens interrogés confient qu’elles souhaitent retrouver des seins bombés après une grossesse et demandent une augmentation proportionnelle à leur morphologie, soit pas plus qu’un ou deux bonnets. Mais nos résultats montrent qu’il existe là encore un Röstigraben. En Suisse alémanique, une majorité des chirurgiens interrogés notent que leurs patientes réclament des seins plus gros qu’elles ne le faisaient il y a dix ans. Alors qu’en Suisse romande la tendance semble inverse, vers des poitrines plus petites qu’avant.
En comparaison internationale, les chirurgiens suisses pratiquent nettement moins souvent le lifting du visage, le nombre d’augmentations mammaires est comparable avec les Etats-Unis ou le Brésil. Et, même si ce n’est pas l’opération la plus fréquente, les Suisses sont les champions du monde de la chirurgie du nez, avec 5,6 rhinoplasties chaque année pour 10 000 habitants, contre 4 au Brésil, 1,9 en France ou 1,7 aux Etats-Unis. Pourquoi? Les Suisses ont-ils plus souvent un nez disgracieux? On aurait peur de mentir.
Linda Von Burg- Marie Maurisse- Titus Plattner

La mode est à l’autogreffe de graisse

Dans un coin du bloc opératoire, la centrifugeuse ressemble à un petit mixer de cuisine. Il faut moins d’une minute pour séparer l’huile, le sang et la graisse à réimplanter. Sept personnes s’affairent autour de la patiente ce mardi à Genève. Après lui avoir prélevé du gras au niveau du nombril à l’aide d’une aiguille d’une vingtaine de centimètres, la chirurgienne Nathalie Kerfant injecte dans le sein des «spaghettis les plus fins possibles», sans toucher la poche de l’implant en silicone en dessous. «Il faut éviter les amas de graisse pour permettre la circulation sanguine et favoriser la prise de l’autogreffe», explique-t-elle. Cette technique d’augmentation mammaire mixte donne un aspect et un toucher plus naturel. Ce matin-là aux Hôpitaux universitaires de Genève, la patiente bénéficiait d’une reconstruction après l’ablation d’une tumeur. Mais le procédé est identique pour les augmentations purement esthétiques. Ce type d’opérations, il y en a tous les jours en Suisse.
Selon notre sondage, une majorité des spécialistes se sont récemment convertis au lipofilling. De façon moins invasive, mais avec des résultats tout aussi remarquables, cette technique peut aussi être utilisée lors d’interventions non chirurgicales au visage. Et, chez certains, le lipofilling dépasse désormais le nombre d’injections de Botox. Comme chez Sabri Derder, chirurgien esthétique aux Cliniques de Genolier, de la Prairie et Matignon, installé depuis 1999.
En 2014, le Dr Derder a réalisé plus de 50 lipofillings sur des hommes et plus de 100 sur des femmes. «Cela sert à combler des pertes de volume, comme sous les yeux, quand les cernes se creusent, explique-t-il. C’est un détail, mais cela vous fait paraître plus âgé. Comme sous les sourcils, quand la peau s’enfonce dans l’orbite… Remettre un peu de graisse à cet endroit donne tout de suite un regard bien plus jeune.» Les plus courageux font cela sous anesthésie locale.

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