< | >

Une jeune séropositive en «complète rémission»

Cet article a plus d'un an, les informations pourraient être perimées. Merci d'en tenir compte.

Mercredi, 22 juillet 2015

Née avec le VIH, une Française de 19 ans résiste au virus, malgré l’arrêt de son traitement. Une situation exceptionnelle

Douze ans que cela dure. Marie – appelons-la ainsi – vient d’avoir 19 ans. Son histoire est banale, un classique des «années sida». Née en 1996 de parents séropositifs, elle est infectée pendant la grossesse de sa mère ou lors de l’accouchement. Les médecins lui prescrivent immédiatement des médicaments antirétroviraux: AZT (azido thymidine) à la fin des années 90, puis trithérapie.
Les années passent et Marie, en bonne santé, disparaît des écrans radars. Elle doit néanmoins continuer à prendre ses pilules: c’est un traitement à vie. Clap de fin? Non. Après plusieurs années, Marie retourne à l’hôpital. Ses parents avouent alors aux docteurs qu’ils ne lui donnent plus ses médicaments. L’histoire devient extraordinaire: l’équipe médicale constate que, malgré l’interruption du traitement, la charge virale de la jeune fille demeure indécelable. Aujourd’hui, Marie est en «complète rémission» depuis douze ans – un cas exceptionnel présenté lundi, lors de la conférence International AIDS Society (IAS), à Vancouver.
«Certaines personnes possèdent des facteurs génétiques qui leur permettent de contrôler l’infection, sans aucun traitement, note Bernard Hirschel, ancien responsable de l’Unité VIH-sida des Hôpitaux universitaires de Genève. Mais ce n’est pas le cas de cette jeune fille.» Alors comment expliquer sa «guérison»? «Cela reste un mystère, répond Bernard Hirschel. Il semble qu’un traitement très précoce de la maladie, c’est-à-dire le plus tôt possible après l’infection, favorise la rémission. Mais on ne peut pas parler de guérison. Le virus est endormi. Il peut se réveiller, comme l’a montré le bébé Mississippi.»
En 2013, cet enfant avait fait la une des médias parce qu’il présentait une charge virale indétectable trois ans après l’arrêt de son traitement. Malheureusement, quelques mois plus tard, sa maladie est réapparue. Sur 187 enfants de la cohorte française nés séropositifs depuis 1996 et aussitôt soignés, 15 ont interrompu leur traitement à l’initiative de leurs parents; 13 d’entre eux ont vu leur charge virale rebondir dans l’année, un autre l’a contrôlée pendant trois ans. La dernière, c’est Marie.
«Elle représente une exception qui confirme la règle: lorsque l’on arrête les médicaments, le virus repart, souligne Bernard Hirschel. Son histoire ne doit pas encourager des patients à interrompre leur traitement. C’est un cas rare, mais pas inédit, qui ne permet pas de tirer des conclusions pour la majorité des malades.»
BE.B.

< Retour à la liste