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Lorsque Facebook aide à décrocher de la cigarette

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Jeudi, 28 janvier 2016

Après le succès de l’expérience valaisanne, le projet est étendu à la Suisse romande, avec le soutien de la Confédération

E n septembre dernier, le Cipret-Valais (centre de prévention du tabac) lançait une expérience inédite en matière d’aide aux fumeurs qui souhaitent décrocher: s’appuyer sur les réseaux sociaux, pour former une véritable communauté virtuelle où chacun peut s’entraider, avec le soutien de professionnels. Le projet a connu un succès inespéré, avec plus de 1000 participants inscrits.
Quatre mois plus tard, le concept valaisan a fait mouche auprès des Ligues pulmonaires et des professionnels de la prévention. Il est étendu à la Suisse romande. L’objectif est ambitieux. «Nous estimons qu’entre 4000 et 6000 Romands pourraient arrêter de fumer grâce à Facebook. Si nous y arrivons, cela fera 1500 personnes qui ne mourront pas d’un cancer. Et 42 millions de mégots en moins sur les trottoirs», s’enthousiasme Roland Savioz, le concepteur du projet.

Rendez-vous le 20 mars

Depuis hier, les personnes intéressées peuvent s’inscrire sur la page Facebook «J’arrête de fumer» de leur canton de domicile. La phase de recrutement durera environ deux mois. Et le rendez-vous est fixé au dimanche 20 mars, premier jour du printemps, pour écraser la dernière cigarette. Ensuite, durant les six mois d’accompagnement du programme, les participants trouveront tous les matins des conseils pratiques et un suivi pour les aider dans leur désaccoutumance, sous forme de textes, mais aussi de petites vidéos – scientifiques ou parfois même humoristiques.
Un des moteurs est l’interactivité entre les participants. Ils pourront échanger leurs expériences et se soutenir mutuellement. «La solidarité ainsi que la force du groupe sur Facebook dégagent une pression positive. Très vite, les candidats prennent des initiatives. Il ne faut pas oublier que les spécialistes du tabac, ce sont eux», explique Alexandre Dubuis, le coordinateur romand du projet. «Les résultats obtenus par le projet valaisan sont très encourageants. Et nous voulons encore l’améliorer, notamment dans toute la phase de préparation à l’arrêt, les conseils pour éviter la prise de poids et pour bouger davantage», indique Marc Maréchal, responsable de la Ligue pulmonaire neuchâteloise.
Mais l’aspect ludique du programme ne doit pas faire oublier la réalité: si un fumeur sur deux en rêve, décrocher du tabac est difficile. «Seulement 2% des personnes qui essaient seules y parviennent, explique Jean-Paul Humer, médecin et directeur du Cipret-Genève. Les premiers jours sont les plus difficiles, en raison du sevrage de la nicotine. C’est là que les personnes sont les plus nombreuses à décrocher. Les méthodes les plus efficaces sont celles où le suivi est le plus intensif, avec un traitement pharmacologique.»
L’expérience menée en Suisse romande sera suivie de très près par la Confédération. Le Fonds de prévention du tabagisme finance à hauteur de 600 000 francs le projet, devisé au total à quelque 900 000 francs. «Dans le domai­ne de la désaccoutumance, c’est très bon marché! indique Peter Blatter, directeur du fonds. Deux facteurs nous ont vraiment impressionnés. D’abord l’énorme succès en termes de participants. Et surtout, avec ce programme, on prend les fumeurs qui ont l’intention d’arrêter comme des partenaires, et non pas comme de simples cibles de notre intervention. Et ça, ça change complètement les choses .»
Judith Mayencourt Neuchâtel

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