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Jean-Marc Guinchard est au perchoir, mais quel théâtre!

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Vendredi, 26 février 2016

Le PDC a été élu président malgré les dix-huit candidats du MCG. Contre l’avis de son groupe, l’UDC Christina Meissner l’épaulera

Il n’y a pas eu de coup de théâtre, hier, lors de l’élection de la présidence du Grand Conseil, même si le MCG a fait le show en présentant à cette fonction rien de moins que les dix-huit membres de son groupe. Le PDC Jean-Marc Guinchard a en effet été désigné dès le premier tour par 55 voix sur 95 bulletins valables. Les autres voix se sont partagées entre les élus MCG, Eric Stauffer en obtenant 19 et Jean-Marie Voumard 14.
Sentant qu’il n’avait aucune chance d’accéder au perchoir, Eric Stauffer a donc trouvé le moyen d’occuper tout de même le devant de la scène. «Selon le tournus et la parole donnée, la présidence devrait nous revenir, a plaidé le député. Vous avez le choix! Désignez celui que vous estimez être à la hauteur pour occuper cette fonction.»
Personne n’allait évidemment tomber dans le panneau, mais le stratagème permettait au MCG de sortir la tête haute, totalisant 40 voix. La manière était également nettement plus élégante que celle utilisée en 2015, lorsque la première vice-présidence avait été refusée au même Eric Stauffer.

Un clash à l’UDC

C’est du reste à nouveau pour ce poste – qui est la porte d’entrée pour accéder à la présidence l’année suivante – que le Grand Conseil s’est enflammé. Il devenait revenir à un UDC, ce qui n’était pas contesté. Mais le groupe avait choisi de présenter Patrick Lussi, alors que c’est Christina Meissner qui a officié toute l’année durant au Bureau en tant que seconde vice-présidente.
Evincer une dame n’a pas été du goût de Salika Wenger (Ensemble à Gauche), qui a présenté la candidature de Christina Meissner au nom de son groupe. «Au nom de toutes les femmes, en tant que femme, j’accepte d’être candidate», a validé, très émue, la députée UDC.
Réponse du berger à la bergère, le MCG a présenté une troisième candidate: Magali Orsini, d’Ensemble à Gauche. Motif: cette dernière s’est fait bouter hors des commissions par son groupe.

La gauche ravie

Au vote, Christina Meissner l’a emporté au premier tour, obtenant juste la majorité absolue nécessaire (50 voix). Patrick Lussi devait se contenter de 41 suffrages et Magali Orsini de trois. Phénomène rarissime, ce sont les élus de gauche qui ont ovationné, debout, le succès de l’UDC.
Les cinq autres membres du Bureau ont été désignés à partir de 20 h 30. Et le cirque a continué! Ont été élus François Lefort (Vert) à la seconde vice-présidence, puis Jean Romain (PLR), Magali Orsini (EàG), Salima Moyard (PS) et Daniel Sormanni (MCG) comme secrétaires.
Eric Budry

«Que la grâce remplace l’invective!»

Le PDC Jean-Marc Guinchard a été élu hier à la présidence du Grand Conseil. Le premier citoyen du canton livre sa vision du parlement

U Ancien haut fonctionnaire de l’Etat et secrétaire général de l’Association des médecins de Genève, ancien membre de l’Assemblée constituante, le député PDC Jean-Marc Guinchard a été choisi hier par ses pairs pour présider treize mois durant le Grand Conseil. Spécialiste du droit de la santé, le Fribourgeois d’origine pose un regard critique sur le travail parlementaire actuel.

Vous voilà investi de la mission de diriger les séances d’un Grand Conseil assez imprévisible. Est-ce angoissant?
Non, je ne parlerais pas d’angoisse. En revanche, il y a toujours une boule au ventre avant les séances. C’est bien car cela signifie qu’on est impliqué. Cela dit, il est vrai que ce parlement est un peu particulier, avec des changements de position surprenants. Mais le président a un rôle en retrait, il doit oublier ses attaches partisanes.

Votre accession à la vice-présidence en 2015 a été obtenue au détriment d’Eric Stauffer. Pensez-vous que cela pourrait nuire à votre année présidentielle?
J’imagine que M. Stauffer en veut toujours au PDC car il estime que c’était le tour du MCG. Mais si on regarde en arrière, on s’aperçoit qu’il arrive assez fréquemment que le tournus soit remis en cause au moment de l’élection du premier vice-président. C’est loin d’être un cas unique.

Existe-t-il une attitude à adopter par le président pour apaiser les tensions?
Il faut rester calme, ne pas être agressif, même si ça dérape un peu. Antoine Barde, le président sortant, a très bien réussi cet exercice, faisant preuve d’un humour très fin. Je pense que le ton de la voix est important aussi. Au-delà de cela, je ne sais pas s’il y a réellement un secret.

Avez-vous des projets pour améliorer le fonctionnement du Grand Conseil?
Nous allons déjà tester vendredi ( ndlr: aujourd’hui) le nouvel horaire, qui achève les travaux à 20 heures au lieu de 23 heures. Cela me semble plus raisonnable et nous devrions gagner en efficience. Reste à voir si le Grand Conseil siégera un jour en journée comme le font tous les autres parlements, ainsi que le demande un projet de loi des Verts…

Les moyens d’action sont donc limités?
Oui. La particularité du Grand Conseil, c’est qu’il est le seul parlement cantonal qui peut proposer des projets de loi. Et cela, ça semble intouchable. Nous avons aussi énormément de motions, souvent inspirées par des articles de presse. Disons que je ne suis pas certain que notre activité législative contribue toujours au bien commun.

Les députés parlent-ils trop, sont-ils trop indisciplinés?
Comme je l’ai dit dans mon discours, j’espère que nous garderons cette gouaille, cette effronterie qui nous caractérisent. Mais il faut que, dans ce parlement, la grâce remplace l’invective, l’écoute remplace l’ignorance, l’innovation remplace la prolifération! La gouaille ne veut pas dire l’irrespect, l’effronterie ne signifie pas l’insulte et l’impertinence n’a rien à voir avec l’impolitesse.
Eric Budry

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