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La crème solaire est insuffisante contre le cancer de la peau

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Dimanche, 28 février 2016

Opéré d’une tumeur bénigne de la peau, l’acteur Hugh Jackman incite le public à mettre de la crème solaire. Les spécialistes mettent en garde: son efficacité contre le mélanome n’est pas prouvée.

Quand Hugh Jackman dit de mettre de la crème solaire pour éviter le cancer, on a tendance à l’écouter. L’acteur, qui est connu pour sa sympathie et son professionnalisme, a aussi grandi en Australie, le pays le plus touché du monde par les tumeurs de la peau. Même si l’intention de celui qui incarne Wolverine à l’écran est louable, son message doit être nuancé. En effet, en matière de cancers de la peau, la réalité scientifique est plus compliquée. Tout d’abord, il n’y a pas un, mais des cancers de la peau. On en décrit en effet trois grands types, qui se distinguent par leur degré de nocivité et leur fréquence, et pour lesquels le soleil joue un rôle plus ou moins important.
Le carcinome basocellulaire, celui qui a touché Jackman, est le plus fréquent mais le moins dangereux car il crée rarement des métastases (des tumeurs qui se développent ailleurs dans l’organisme). Un autre type de carcinome, dit spinocellulaire, peut, lui, être plus grave. Mais celui dont on parle le plus est sans doute le mélanome, qui est en réalité le moins fréquent de ces trois cancers, mais le plus mortel car ayant un fort pouvoir métastatique. Les Suisses sont d’ailleurs plus souvent touchés que leurs voisins européens: 2400 Helvètes par an développent un mélanome et 300 en décèdent selon la Ligue suisse contre le cancer.

Soleil parmi les risques

«Les trois types de cancer de la peau sont liés à l’exposition solaire», explique le Dr Olivier Gaide, dermato-oncologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). Pas de doute: plus on a pris le soleil et exposé sa peau à ses rayons ultraviolets (UV), et ce dès son plus jeune âge, plus on risque de développer un cancer de la peau. Ce lien est néanmoins moins fort pour le mélanome. Car ce type de cancer atteint aussi des personnes qui se sont exposées au soleil de manière raisonnable. De même, le mélanome peut toucher des zones du corps habituellement cachées, car protégées par des vêtements, même à la plage. En plus des rayons UV, le risque de mélanome est donc aussi influencé par d’autres facteurs. Il augmente si on a la peau claire, beaucoup de grains de beauté et si des membres de sa famille ont eux-mêmes eu un mélanome. Un système immunitaire affaibli – par exemple en raison d’une greffe d’organe ou d’un traitement contre certains cancers – favorise aussi son développement.

Comment s’en prémunir?

Pour se prémunir des cancers de la peau, les messages de prévention incitent, entre autres, à utiliser de la crème solaire pour protéger sa peau. Or, pour ce qui est du mélanome – le cancer de la peau le plus tueur, rappelons-le – la science reste incertaine. «Nous manquons d’études démontrant clairement que l’utilisation de la crème solaire diminue le nombre de mélanomes», affirme le Dr Gaide. Les spécialistes ne découragent pas son utilisation pour autant. «Mais si le seul message de protection contre le mélanome que le public entend est qu’il faut mettre de la crème, il est faux», résume le médecin. Ce message est en effet réducteur.

«Notre recommandation est beaucoup plus globale, poursuit le médecin. Il s’agit de consommer le soleil avec modération et avec tous les moyens de protection disponibles.» Pour prévenir le cancer, pas question de s’enduire de crème et de lézarder des heures en plein cagnard. Il faut limiter l’exposition, éviter les heures les plus chaudes de la journée et chercher l’ombre. «Entre midi et deux, aux Caraïbes, même la crème solaire la plus forte sera insuffisante», sourit Olivier Gaide.

Deuxième ligne de défense: porter des vêtements au tissage serré qui couvrent le corps, de même qu’un chapeau à large bord qui protège le visage et la nuque du soleil. «Une étude allemande a comparé la protection fournie à des enfants par des T-shirts anti-UV et de la crème solaire, détaille le dermatologue. Les résultats étaient sans appel en faveur des vêtements.» On le comprend d’ailleurs intuitivement: après deux heures dans l’eau, un T-shirt de surf fournit toujours le même écran à votre peau. Ce n’est pas le cas de la crème solaire qu’on devrait de toute manière réappliquer toutes les deux heures et après la baignade.

Autocontrôle tous les trois mois

Bref, «la crème solaire vient en troisième position pour les médecins, après la non-exposition et la protection textile», conclut le dermatologue. Elle a sa place dans la prévention du cancer mais seulement si on l’allie aux autres mesures. Et elle ne doit surtout pas fournir un blanc-seing pour s’exposer des heures au soleil inconsidérément. Hugh Jackman rappelle à juste titre l’importance des contrôles et de l’observation attentive de sa peau. «Ce que nous recommandons au public, c’est un autocontrôle tous les trois mois», explique Olivier Gaide. Il s’agit de regarder ou de montrer sa peau, spécialement les grains de beauté s’ils grandissent vite, ou sont irréguliers, saignent ou démangent. «Si l’on voit quelque chose d’inhabituel, de «bizarre» ou qui n’était pas présent auparavant, il faut le montrer à un médecin», recommande le dermatologue. Le mélanome est d’autant mieux traité et son pronostic d’autant plus favorable qu’il est dépisté précocement.
Benoit Perrier

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