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Malgré les efforts, la Suisse risque toujours la pénurie de généralistes

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Vendredi, 1er avril 2016

Dans les dix prochaines années, plus de 60% des médecins de  famille vont cesser  leur activité en raison de leur âge

La relève de généralistes n’est de loin pas assurée. Selon une étude présentée hier par l’association Médecins de famille et de l’enfance (mfe), plus de 2000 nouveaux praticiens à temps plein seront nécessaires d’ici à 2020 rien que pour compenser les départs à la retraite. Ce chiffre dépassera même 4000 personnes en 2025 (lire ci-dessous).
Déjà aujourd’hui, il manque en Suisse plus de 2000 praticiens à plein-temps pour remplir l’objectif de l’OCDE d’un médecin de famille pour 1000 habitants. Si le système fonctionne, c’est grâce aux médecins venus de l’étranger et à ceux qui jouent les prolongations. Environ 50% des généralistes prévoient d’ailleurs d’exercer après 65 ans et de cesser leur activité un peu avant 70 ans. En 2005, seuls 28% l’envisageaient. «Des mesures efficaces s’imposent d’urgence», commente Marc Müller, président de la mfe.
Depuis dix ans, pourtant, les choses bougent. En mai 2014, le peuple a accepté à 88% d’inscrire dans la Constitution fédérale un article sur les soins médicaux de base. Des programmes cantonaux ont été mis en place. Dans le cadre du master plan fédéral Médecine de famille et médecine de base, la rémunération des prestations de médecine de famille a notamment été augmentée et l’accent mis sur la formation et la recherche dans ce domaine. La formation: c’est clairement la priorité aux yeux de la Fédération des médecins suisses (FMH). En février, le Conseil fédéral a décidé d’investir 100 millions de francs entre 2017 et 2020 pour soutenir la relève. La mfe salue ce geste, à condition que ces fonds soient utilisés principalement pour la formation de médecins de premier recours.
Les efforts déjà effectués n’ont-ils donc aucun effet? Il est certainement trop tôt pour en juger. Comme le note François Héritier, vice-président de la mfe, les études de médecine durent environ dix ans. Pour lui, une chose est certaine: «Nos chiffres montrent qu’il faut poursuivre dans cette voie.»

Valoriser les infirmiers

Au rang des solutions, la mfe propose d’augmenter les compétences des assistants médicaux et des infirmiers. Pour l’heure, cette pratique est davantage développée dans des cabinets de groupe alémaniques. Quelques projets pilotes se développent aussi en Suisse romande. Cela nécessite toutefois un changement de mentalité, tant des patients que des praticiens.
Selon François Héritier, il faut encore davantage de places d’assistanat dans les cabinets. Des mesures légales sont aussi nécessaires pour mieux répartir l’offre entre ville et campagne, ainsi qu’entre spécialités. A ce sujet, un système de rémunération différenciée selon les régions est actuellement discuté à Berne.
A plus long terme, François Héritier estime qu’il faut aussi travailler sur l’image de sa profession. «Nous devons davantage montrer ce que nous faisons dans les universités», souligne-t-il. Risque-t-on un jour de devoir forcer les jeunes à exercer la médecine générale? «Je ne pense pas que nous y sommes prêts culturellement», estime le Jurassien d’adoption. Les exemples étrangers, au Québec notamment, ne sont pas non plus convaincants. Le risque est que les jeunes soient insatisfaits ou que les meilleurs soient repoussés. En revanche, François Héritier estime qu’il devrait être possible de limiter l’accès à certaines spécialités, comme cela se fait dans le canton de Vaud.

Conséquence sur les coûts

SantéSuisse se dit, elle aussi, préoccupée. La faîtière des assureurs-maladie souligne que les généralistes jouent le rôle de «porte d’entrée» dans le système de santé, suivent et coordonnent les traitements. Ce qui permet de contenir l’augmentation des coûts de la santé. L’organisation prône un assouplissement de l’obligation faite aux caisses de rembourser tous les médecins ou une adaptation des tarifs en fonction de la densité médicale.
Quant à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), il prend les demandes de la mfe «au sérieux» et rappelle les mesures déjà prises. Berne se veut positif. «La situation s’est améliorée et la densité des médecins de famille augmente», souligne l’OFSP.
Caroline ZUERCHER

 

Il manquera 5000 médecins en 2025

L’enquête sur les soins médicaux de base est effectuée tous les cinq ans par le Centre universitaire de médecine de premier recours des deux Bâles, sur mandat de l’association Médecins de famille
et de l’enfance Suisse (mfe). Les conclusions de l’édition 2015:

Prévisions Les médecins de famille vieillissent. Leur moyenne d’âge est de 55 ans, contre 51 ans il y a dix ans. Dans les dix prochaines années, plus de 60% des praticiens actuels cesseront leur activité en cabinet pour des raisons d’âge. Résultat, près de 4000 nouveaux professionnels à temps plein seront nécessaires pour les remplacer. Si l’on tient compte de l’évolution démographique
et en admettant que 20% des étudiants choisiront la médecine de famille, il manquera plus de 5000 généralistes dans dix ans.

Satisfaction La satisfaction au travail des médecins généralistes est passée de 55% à 75% depuis dix ans. La mfe y voit le signe que les mesures déjà prises sont efficaces.

Cabinets communautaires Depuis dix ans, leur nombre a quasi triplé. Une enquête auprès des généralistes qui achèvent leur formation montre aussi qu’ils aimeraient exercer dans une telle structure.

Loin de la ville! La plupart de ces jeunes généralistes veulent travailler dans une zone rurale ou une agglomération. Seuls 17% souhaitent exercer en ville.
C.Z.

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