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Embryon: un statut en connaissance de cause

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Mardi, 31 mai 2016

In Vivo Clinic Geneva

Le Conseil fédéral recommande d’accepter la modification de la Loi fédérale sur la procréation médicalement assistée (LPMA) le 5 juin prochain. Ce projet de loi a déjà été adopté par le Conseil national et le Conseil des Etats en décembre 2014. Il nécessitait une modification de l’art. 119 de la Constitution fédérale que la majorité du peuple suisse (62%) et des cantons a adoptée en juin de l’année passée. Un référendum contre la loi d’application initié par le Parti évangélique a empêché son application jusqu’à cette prochaine votation.
Au-delà de la déception tant des patients eux-mêmes qui se sont retrouvés face à leur souffrance au lendemain de cette victoire que les médecins et biologistes sur le terrain confrontés aux incohérences de cette LPMA obsolète, il faut tout de même se féliciter d’être dans un pays où ce débat aura permis d’échanger les convictions profondes des uns et des autres jusqu’à la limite d’une vraie démocratie participative. Je souhaite que cela puisse contribuer encore plus à rapprocher les experts scientifiques ou politiques et la société civile concernant un sujet complexe lié à la pérennité des valeurs qui fonde notre humanité. Finalement, au cœur du débat il y a le statut de personne que les uns et les autres donnent à l’embryon à une période donnée de son développement. Il serait présomptueux de proposer dans ces quelques lignes des arguments en faveur ou non d’un tel statut de personne. Je rappellerai cependant qu’en médecine nous sommes souvent confrontés à des impasses. L’art de guérir, c’est aussi savoir dépasser parfois ses propres convictions pour ne pas augmenter la souffrance des patients qui nous demandent de l’aide. Nous sommes donc plutôt pour une éthique de la complexité, celle du moindre mal prenant en compte globalement les différents acteurs concernés pour trouver une solution. Plutôt que de céder aux extrêmes dogmatiques considérant l’embryon comme une personne dès la conception ou un simple débris tissulaire, je considère qu’un embryon devrait avoir son statut de personne potentielle avec tout le respect de sa dignité que cela implique, dès que les parents ont un projet de l’accueillir. L’embryon est ainsi véritablement animé par le désir de ses parents. C’est la meilleure façon de le protéger dans nos sociétés contemporaines. L’application de la nouvelle LPMA est parfaitement en phase avec cette éthique de pensée.
En conclusion, voter oui le 5 juin prochain c’est montrer sa solidarité envers l’infertilité et les personnes atteintes de maladies héréditaires graves permettant une diminution du nombre d’avortement spontané ou volontaire. Vous donnerez donc plus de liberté de choix aux futurs parents traités en Suisse tout en maintenant un certain respect pour la dignité des embryons qui sont nos enfants de demain.
* Vice-président et directeur scientifique du laboratoire BabyIMPULSE, Clinique des Grangettes.
Dr Pascal Mock

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