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La météo joue au yo-yo, l’humeur s’en ressent et les allergiques trinquent

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Mardi, 31 mai 2016

Ce printemps frais et gris, avec de rares jours ensoleillés, joue avec nos nerfs. Le rhume des foins a été très fort

Si le printemps tenait ses promesses, nous aurions déambulé hier matin sous 22 degrés – la norme de saison. Au lieu de cela, il faisait 14, sous un ciel gris, avec un petit crachin accompagné de vent. «Le mois de mai a été plus pluvieux, plus froid et moins ensoleillé qu’attendu», remarque Didier Ulrich, prévisionniste à MétéoSuisse.
Ce printemps gris n’est pourtant pas exceptionnellement froid: «Les températures à Genève sont inférieures de 0,8 degré à la norme. Ce qui est remarquable, c’est la succession de périodes assez chaudes et de jours froids», reprend le météorologue. Par exemple, il faisait 26 °C le 21 mai puis 12 °C le 23. «Ce yo-yo d’assez grande envergure n’est pas rare sous nos latitudes. Malheureusement, cela continue», poursuit l’expert. La semaine restera grise. On espère des températures plus clémentes et davantage de soleil la semaine prochaine, «mais rien n’est gagné».

Une humeur triste

L’hiver qui joue les prolongations porte sur les nerfs. «Nous sommes tous un peu sensibles à la météo», remarque la Dr Hélène Richard-Lepouriel. La cheffe de clinique à l’Unité des troubles de l’humeur des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) a noté, ce printemps, davantage de demandes d’évaluation pour des dépressions saisonnières.
Le «trouble affectif saisonnier» se caractérise par une humeur triste, un manque de plaisir et d’intérêt, une diminution de l’énergie et de la concentration, un état anxieux, un grand besoin de sommeil – de douze à quatorze heures –, une fringale pour le sucré et une prise de poids. «Entre 2 et 4% de la population souffre de ce syndrome. On le diagnostique lorsque ces symptômes apparaissent au moins deux hivers de suite et si les patients récupèrent complètement entre deux saisons.»
En dehors de ces épisodes dépressifs saisonniers, environ 10% de la population souffre d’humeur maussade, de fatigue, ressent un besoin accru de dormir, perd de l’énergie et manque de motivation. Le médecin recommande la luminothérapie: «Trente à quarante-cinq minutes d’exposition le matin entre 6 h et 9 h ont un impact réel. Les lampes sont remboursées par les assurances-maladie.» En cas de trouble plus sévère, la prescription d’antidépresseurs peut être envisagée. Dernier conseil: «Profitez du moindre rayon de soleil, sortez et allez marcher dès qu’il fait beau.»

Pluie et pollens: explosif

Un conseil que ne suivront sans doute pas les allergiques. «Cette année, le rhume des foins a été très fort, surtout en mars, lors du pic pollénique de bouleau et de frêne», observe le Dr Philip Taramarcaz, allergologue au Centre des allergies et de l’asthme de la Terrassière. La météo très douce de cet hiver a apporté des pollens dès décembre. «Des allergiques de longue date présentant d’habitude peu de symptômes ont souffert d’un rhume des foins important et parfois de crises d’asthme.»
En ce moment, ce sont les pollens de graminées et de céréales qui irritent les yeux, le nez et la gorge. «La pluie qui succède au beau temps provoque une alternance de pics polléniques et de rechutes.» Est-ce pire pour le rhume des foins? Normalement, la pluie apaise les allergies mais «lorsqu’il pleut, les pollens prennent l’eau et explosent en 3 ou 4 micromolécules, cela donne l’impression qu’il y a davantage de pollens. Paradoxalement, certains asthmatiques voient leur état s’aggraver les jours où il pleut.» Le médecin conseille aux 18% de la population qui souffre du rhume des foins de se doucher le soir pour éliminer les pollens, de porter des lunettes de soleil, de courir ou marcher de préférence le matin (ou lorsqu’il fait froid), de garder les fenêtres fermées la journée (ou de poser des filtres à pollens) et d’employer un purificateur d’air intérieur.
«Il ne faut pas attendre que cela n’aille plus du tout avant de consulter un pharmacien, qui peut délivrer des antihistaminiques à prendre de manière régulière, ou un médecin pour un traitement au coup par coup, à l’aide de Ventolin», ajoute, aux HUG, le Dr Philippe Eigenmann, responsable de l’Unité d’allergologie pédiatrique.
La désensibilisation est proposée dès l’âge de 5 ans aux personnes souffrant de symptômes modérés à sévères. Elle réussira mieux si la personne est allergique à un seul pollen (moins si le patient combine plusieurs allergies). «Sous-linguale ou par injection, elle réussit très bien dans 30% des cas, 60% des patients notent une amélioration notable et 5 à 10% sont insatisfaits», conclut le Dr Taramarcaz.
Sophie Davaris

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