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La gestion des parcs donne le rhume des foins

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Mardi, 28 juin 2016

Laisser pousser de la prairie est bon pour la biodiversité, nettement moins pour les allergies aux graminées

Ces dernières semaines, Yolanda Noverraz vit un enfer. Allergique au pollen de graminées, cette Genevoise souffre d’un rhume des foins carabiné. L’origine de son problème se trouve juste sous les fenêtres de son logement, dans le parc Barton. Il y a là de grandes surfaces de hautes herbes qui sont en pleine floraison actuellement. «Avec mon mari, qui est aussi allergique, nous sommes constamment sous antihistaminiques, confie-t-elle. Si ça continue, nous devrons mettre des masques respiratoires. Cela fait sept ans que j’habite ici, mais je n’ai jamais eu de réaction aussi forte.»
Son cas n’est sûrement pas isolé, les graminées étant, avec les arbres, la principale source d’allergie chez les personnes sensibles aux pollens. Yolanda Noverraz a contacté le Service des espaces verts et de l’environnement (SEVE) de la Ville de Genève afin de savoir pourquoi on laisse autant pousser l’herbe dans le parc. Elle a appris que la cause de ses ennuis n’est pas un jardinier trop flemmard ou une quelconque mesure d’austérité, mais bien une volonté politique.

Des plantes très tendance

Depuis une dizaine d’années, le SEVE s’est mis à ce qu’il appelle la «gestion différenciée» des parcs: au lieu d’avoir partout le même gazon anglais et les mêmes plates-bandes de rosiers ou de tulipes, on diversifie les types de végétation dans les parcs publics en cultivant, notamment, de vastes surfaces de prairie. Les graminées sont en effet de plus en plus prisées en horticulture, à la fois pour leur facilité d’entretien et leurs qualités ornementales. Ceux qui ont la chance de ne pas être allergiques aux pollens apprécient l’effet naturel que cela donne. Mais surtout, cette gestion différenciée a ramené davantage de biodiversité en ville.
«Sur l’ensemble des espaces verts que nous gérons, il y a peu de ces prairies, précise toutefois le directeur du SEVE, Daniel Oertli, lui-même allergique aux graminées. Et nous n’en mettons que dans des endroits bien choisis, peu fréquentés par le public.» D’ailleurs, la plupart de ces prairies seront fauchées ces prochains jours puis tondues régulièrement jusqu’à la fin de la saison.
Et le peu qui ne sera pas fauché arrive bientôt à la fin de sa période de floraison. Celle-ci s’étale normalement sur les mois de mai et juin – même si la météo pourrie de ce printemps a quelque peu retardé le processus.
«Il y a d’autres personnes qui sont allergiques aux bouleaux, aux noisetiers, etc., ajoute Daniel Oertli. Nous ne pouvons pas tenir compte de toutes les allergies qui existent.»

Impossible d’y échapper

D’après le docteur Philip Taramarcaz, allergologue au Centre des allergies et de l’asthme de la Terrassière, il est de toute manière impossible d’échapper aux pollens des graminées, même sans ces prairies urbaines: «Ces pollens sont facilement éparpillés par le vent et se répandent sur de grandes distances, explique-t-il. Ils peuvent très bien être aéroportés de la campagne jusqu’en ville. Et puis le gazon aussi est une graminée, sauf qu’en général, on le tond à ras.»
Pas de quoi rassurer Yolanda Noverraz, d’autant qu’en ville, avec la pollution et les pics d’ozone, les muqueuses sont fragilisées et les symptômes du rhume des foins aggravés. «Je n’ai rien contre la biodiversité, lâche-t-elle, mais là, cela rend les gens malades et augmente les coûts de la santé. J’en suis presque au point de déménager.»
Antoin Grosjean

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