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Il est temps (édito de La lettre de l’AMG d’octobre 2016)

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Le temps de la honte
L’annonce de l’augmentation des primes d’assurance-maladie a créé un nouveau choc. Incompréhensibles, elle était pourtant attendue tant le système est à bout de souffle. C’est une agonie et surtout une terrible claque pour les familles. Comment les politiciens et les assureurs- maladie peuvent-ils venir devant les citoyens en arguant d’augmentations de 10% et plus des primes pour les enfants? C’est la faute à la bourse nous a clairement expliqué M. Strupler, directeur de l’Office fédéral de la santé publique, sur le plateau de l’émission de la RTS Infrarouge. Il y a cette année un rattrapage, a-t-il osé avouer. Allez, chers parents, passez à la caisse ! Bien sûr, il y aura un correctif pour sauver la face, mais le mal est fait. Une honte. Le Parlement ne soutient pas les familles ni la classe moyenne, seules des réformettes à l’effet placebo sont proposées.

Le temps de la transparence
Chiffres à l’appui, notre ministre genevois de la santé, M. Mauro Poggia, montre que l’augmentation réelle des coûts n’a été que de 2.2%, alors même que les assureurs ont encaissé des primes à hauteur de 3.4%. Sans explications, les réserves ont fondu à Genève. La transparence doit être exigée, car de tels chiffres montrent, d’une part, que les coûts sont maîtrisés dans notre canton et, d’autre part, que les assureurs continuent, année après année, à encaisser plus de primes que nécessaire et à jouer librement avec les réserves (qui sont nationales alors que les primes restent cantonales). La vraie transparence n’est pas pour demain. Nous attendons toujours de connaître le rapport de la FINMA sur le Groupe Mutuel qui a été condamné à une lourde amende sans que ne soit connues de l’assuré ou des autorités cantonales les causes de cette pénalité et de l’éviction in corpore du Conseil d’administration du Groupe Mutuel le lendemain du vote sur la caisse publique.

Le temps de la séparation
Longtemps réclamée, la séparation de l’assurance de base, sociale et sans profits, des assurances complémentaires, véritable business, semble ne devoir rester qu’un voeu pieux. Une autre séparation devient urgente : il faut rompre les liens qui existent entre les parlementaires et les assureurs. A l’image des CFF, de Swisscom ou de La Poste, il ne devrait pas y avoir de possibilité pour un parlementaire de siéger dans le conseil d’administration d’un assureur-maladie. Il est temps de lancer une récolte de signatures pour un vote populaire afin de provoquer un véritable débat national. Les citoyens payeurs de primes ont un droit, la démocratie directe. MM. Cassis (PLR) et Brandt (UDC) occupent les hautes sphères du Parlement et imposent leurs idées dans le domaine de la santé, alors même qu’ils dirigent Curafutura et Santésuisse. Il est temps d’agir et d’aller un jour devant les urnes.

Le temps du changement
Le problème principal tient au mode de financement. Le virage vers l’ambulatoire, déjà effectué à Bâle et à Genève avec une maîtrise des coûts ambulatoires hospitaliers entre 2 et 4% (ces deux cantons ont les primes les plus hautes), est loin d’être réalisé en Suisse centrale avec des augmentations de la part ambulatoire de 7 à 9% (cantons avec des primes basses) selon les chiffres de Santésuisse. Cette évolution vers une augmentation de la prise en charge ambulatoire est inéluctable et va imposer un autre modèle de financement. Certains assureurs, soutenus par la FMH, proposent que, comme dans le stationnaire, l’Etat paie une partie des frais médicaux. D’autres poussent à un paiement total des coûts stationnaires par les caisses-maladies. Les débats sur le mode de financement seront cruciaux.

Le temps de l’action
On l’aura compris, il est temps d’agir et d’arrêter la spirale infernale et annuelle de la hausse des primes d’assurance-maladie. Chaque automne, cela recommence invariablement. Tous les prétextes sont bons, toutes les explications sont fournies, même les moins crédibles. Cet automne, la palme revient à M. Berset qui a trouvé, comme cause essentielle à l’augmentation des primes, les opérations inutiles. Un peu court. Cela démontre l’absence d’un capitaine à bord, d’idées novatrices et d’une réelle volonté de réformer. Les forces citoyennes doivent pallier cet inquiétant et coûteux manquement.
Michel Matter