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Ruée sur le sperme en ligne

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Vendredi, 3 février 2017

INSÉMINATION Les commandes de semences sur Internet explosent, notamment depuis la Suisse. Mais les paquets sont livrés à l’étranger, à cause d’une législation stricte.

La Suisse fait face à une invasion danoise. Et pas des moindres. L’entreprise Cryos, première banque de sperme du monde, reçoit «une dizaine de commandes chaque semaine», selon son directeur, Ole Schou, interrogé par «Le Matin». «Jusqu’à récemment, nous livrions directement dans les cliniques de fertilité, confie le businessman. Mais les autorités fédérales se sont penchées sur cette pratique et ont mis fin à ces importations. Elles ont ensuite poursuivi les femmes ayant effectué les commandes. C’est pour cette raison que les achats depuis la Suisse, avec livraison à l’étranger, augmentent de manière continue depuis une année.»
Les produits livrés par Cryos? Des kits d’auto-insémination do-it-yourself, livrés à des adresses privées, ou encore des boîtes isothermes, transmises à des cliniques à l’étranger. Généralement en Belgique ou en Espagne, en ce qui concerne nos compatriotes.

Couples mariés et infertiles

Si les Suissesses sont aussi nombreuses à vouloir contourner les directives nationales de la loi sur la procréation médicalement assistée (LPMA), c’est en raison des conditions restrictives sur les dons de sperme. En clair, pour avoir droit à une insémination avec donneur, il faut être un couple marié et sujet à l’infertilité masculine. Les femmes seules ainsi que les couples homosexuels ou en union libre sont priés de s’abstenir. De quoi agacer le Dr Pascal Mock, directeur scientifique chez Baby Impulse, à la Clinique des Grangettes. «J’ai toujours pensé que le désir d’enfant devait être mieux encadré par la médecine de la reproduction, explique le médecin. Au-delà de nos convictions et de la législation du pays dans lequel nous exerçons la médecine, nous devons, nous spécialistes de la reproduction, permettre à tous, homosexuels et femmes célibataires y compris, de parler. Ceci, afin de les accompagner avec dignité et respect, tout en abordant les questions éthiques et psychologiques de l’enfant à venir.»
La doctoresse Isabelle Streuli, médecin experte sur les questions de fertilité aux HUG, juge la loi actuelle adaptée: «Nous avons beaucoup de limitations en Suisse, mais aussi des avantages, relève-t-elle. Notamment le remboursement jusqu’à trois tentatives de procréation médicalement assistée pour les couples concernés.» L’infertilité masculine qui pousse la plupart d’entre eux à recourir au don de sperme peut par ailleurs être contournée, dans certains cas. «L’insémination artificielle avec un don de sperme est le dernier recours pour traiter un couple infertile, explique la doctoresse. Avant de lancer ce procédé, nous faisons un prélèvement testiculaire par voie chirurgicale, puis nous essayons d’extraire une petite quantité de sperme. En cas de réussite de l’opération, une fécondation in vitro s’ensuit.»

«Trop tôt pour agir»

La LPMA a pourtant été assouplie, suite à une votation fédérale en juin 2016. Bientôt, les couples victimes d’un gros défaut génétique pourront bénéficier d’un diagnostic préimplantatoire sur une fécondation in vitro. Un pas de fourmi pour les militants de cette cause. «Notre société doit mener une réflexion et un débat public sur ces questions, estime Liliane Maury Pasquier, conseillère aux États (PS/GE) et sage-femme. La récente modification de la loi n’étant même pas en vigueur pour l’heure, il faut d’abord observer ses effets avant de se lancer dans un nouveau combat politique sur cette question.» Les banques de sperme à l’étranger ont encore de beaux jours devant elles.
SARAH ZEINES

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