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Comment Mauro Poggia veut contrôler les primes

Lundi, 20 mars 2017

L’initiative populaire fédérale proposée avec Pierre-Yves Maillard permettrait de préserver les réserves cantonales

Aux côtés de Pierre-Yves Maillard, le conseiller d’Etat genevois Mauro Poggia a annoncé il y a huit jours le lancement de deux initiatives fédérales (notre édition du 13 mars). La première veut interdire aux parlementaires fédéraux de siéger dans l’organe d’administration, de direction ou de surveillance d’un assureur-maladie et de recevoir une rémunération de la part de ce secteur. La seconde vise à créer une institution cantonale fixant et encaissant les primes, contrôlant les prestations des assurances et finançant des programmes de prévention. Membre du comité d’initiative, le député PDC Bertrand Buchs explique comment ce système fonctionnerait à Genève.
Dans le projet proposé, les caisses maladie actuelles restent en place. Elles continuent de contrôler les factures et d’encaisser les primes, mais n’en fixent plus le montant. Cette tâche incombe à l’Etat par le biais d’une caisse de compensation, créée sur le modèle de la caisse chômage.
«L’assuré paierait toujours sa prime maladie à l’assureur. Mais dans le nouveau système, ce dernier verserait aussitôt l’argent à la caisse de compensation, qui redistribuerait ensuite aux différentes caisses ce qu’elles auront avancé pour rembourser les factures.» La caisse centrale couvrirait également les frais administratifs des assureurs, octroyant une prime aux meilleurs gestionnaires.
L’objectif est double: gérer les réserves et fixer les primes. «Actuellement, on ne sait pas où va l’argent. Avec cette caisse de compensation, nous gérerons les réserves et nous nous apercevrons certainement que nous n’avons pas besoin des énormes montants que les assureurs mettent de côté de nos jours.» Au lieu d’être transféré dans un autre canton, l’argent des réserves demeurerait à Genève. «Nous conserverions à titre de réserves le minimum légal, soit environ 10% des primes perçues, alors qu’aujourd’hui, certaines caisses mettent 20 à 30% de côté. Il y a actuellement 2 milliards de francs perçus en trop.»
Autre avantage avancé: «Nous connaîtrons les besoins réels des caisses, et cela nous permettra de fixer des primes.» Dans ce système, la prime variera en fonction de la franchise et du modèle choisi – affiliation à un réseau de soins, par exemple – mais «dans ce cadre, chaque Genevois paiera la même prime que son voisin, quel que soit son assureur».
Si ce système n’est pas censé faire baisser les primes, il devrait, selon les initiants, limiter leur inflation. «Et pour certains assurés, la prime diminuera». Selon Bertrand Buchs, il ne serait ni trop lourd ni trop coûteux: «Vaud l’a adopté pour encaisser plus de 100 000 factures hospitalières par an. Quatre fonctionnaires s’en occupent. Cela peut être très léger.»
Enfin, l’Etat négocierait les tarifs des prestataires de soins. «Il pourra baisser les tarifs des spécialistes, augmenter ceux des généralistes, fixer le nombre d’IRM et d’équipements coûteux. A Genève, l’offre médicale technique est bien trop importante. En ayant accès à tous les examens effectués, l’Etat pourra la contrôler.»
«Ce projet replace la santé dans le rang des prérogatives de l’Etat, résume Bertrand Buchs. Nous avons accepté que des privés gèrent la santé alors que nous ne voudrions pas que l’enseignement soit assuré par l’Opus Dei ou la sécurité par Securitas.»
Rappelons qu’une initiative populaire fédérale doit recueillir 100 000 signatures en dix-huit mois pour être validée. La collecte commencera au plus tôt en juin, sinon en septembre. «Ce sera difficile si les Suisses alémaniques ne nous rejoignent pas, mais j’ai bon espoir, car les gens en ont vraiment marre», conclut le député.
Sophie Davaris

 

«Nous y travaillons depuis deux ans»

Monsieur Poggia, pourquoi lancez-vous ce projet maintenant?
Parce qu’il y a des élections dans un an et que je me demandais que faire (rires). Non, cela fait deux ans que nous y travaillons et les échéances électorales ne doivent pas paralyser les projets.

Est-ce un tremplin électoral?
Non, car j’ai commencé à travailler pour ma réélection dès le 10 décembre 2013 (ndlr: le jour de son élection). Ce domaine fait partie de ma stratégie, avec d’autres projets initiés il y a un an et demi. Il faut bien dix-huit mois pour prendre ses marques dans ce département. Et avant de lancer cette initiative, il faut un consensus, cela prend du temps. Il faut convaincre.

Les médecins sont-ils avec vous?
Il reste des craintes à dissiper. Le canton doit avoir une vision claire du travail des professionnels de la santé. Il nous faut savoir, lorsque les coûts de la médecine ambulatoire augmentent, pourquoi, dans quels secteurs, analyser les différences au sein d’une spécialité et contacter les médecins pour les comprendre. Par exemple, si parmi les orthopédistes, l’un opère dix fois plus qu’un autre pour la même indication, nous devons comprendre pourquoi.

Ce projet coûtera-t-il cher?
Les coûts seront inférieurs aux économies. Le système sera mis sur pied par des collaborateurs de mon département, des représentants des assurés et des prestataires de soins sans être forcément rémunérés pour cela. Nous n’aurons plus à supporter les coûts des changements de caisse. Les assureurs n’auront plus à négocier les tarifs ni à fixer les primes. Le but est d’être plus efficace, de gagner du temps et de faire des économies.

Le Conseil d’Etat vous soutient-il?
C’est une démarche du citoyen Poggia. Que d’autres membres du Conseil d’Etat la soutiennent n’est pas déterminant, mais certains collègues verraient cela d’un bon œil. Les cantons devront ensuite faire une loi. Au moment voulu, chacun pourra apporter son point de vue.
S.D.

 

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