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«Il fallait une solution pour stabiliser le système»

Lundi, 20 mars 2017

Le parlement a modifié la loi de façon à réduire les primes des jeunes adultes. Le patron du Groupe Mutuel salue cette réforme

Avec une hausse de 5,4% l’automne dernier, les primes maladie des 19-25 sont celles qui ont le plus augmenté ces dernières années. Certaines familles consacrent plus de 20% de leur revenu à ce budget, alors qu’à l’origine, le but était de ne pas dépasser 8%. Mais elles pourront un peu souffler. L’Assemblée fédérale a adopté vendredi des modifications de la LAMal (loi sur l’assurance-maladie) visant à réduire les primes pour les jeunes adultes et les enfants. 
La première mesure concerne les 19-25 ans. Pour eux, les caisses devront verser moins d’argent dans le pot commun dédié à la compensation des risques. La baisse est estimée à 92 francs par mois et par assuré et se répercutera sur leurs primes. Leurs aînés, en revanche, verront leur facture augmenter de 10 francs. Du coup, les cantons auront moins besoin de soutenir financièrement les jeunes adultes. Avec l’argent épargné, ils devront réduire d’au moins 80% (50% aujourd’hui) les primes pour les enfants qui vivent dans un ménage doté d’un revenu bas ou moyen.
Le Groupe Mutuel salue ce changement, et en particulier la réduction des primes pour les jeunes adultes. Interview de Paul Rabaglia, son directeur général.

Vous demandiez une telle réduction des primes pour les jeunes. Pourquoi?
Avec une prime unique pour tous les adultes, ces jeunes devaient payer des sommes toujours plus importantes afin de rembourser les coûts engendrés par le vieillissement de la population. Il fallait trouver une solution pour stabiliser le système à long terme. La décision prise par le parlement va donc dans la bonne direction.

Quitte à remettre en cause la solidarité entre les assurés?
Il y a deux solidarités. La première, entre les malades et les biens portants, ne change pas. La seconde, entre les générations, n’est pas remise en question mais elle est adaptée au fait que les jeunes sont de moins en moins nombreux. Aujourd’hui, les deux tiers de leur prime financent les soins aux personnes plus âgées. Ce montant dû au pot commun sera réduit de moitié. Dans le système actuel, le risque était de ponctionner encore davantage ces jeunes qui n’ont pas eu le temps d’épargner. Comme ils n’arrivaient pas à payer, ils touchaient des subsides provenant des impôts payés par leurs aînés… Il y avait des flux financiers inutiles.

Vous étiez favorable à la création d’une catégorie des 26-35 ans, avec des primes moins élevées. Le parlement n’en a pas voulu. Votre but est-il que chaque âge paie pour ce qu’il coûte?
Pas du tout! Les 26-35 ans sont dans la première partie de leur vie et doivent eux aussi soutenir les dépenses de santé de leurs aînés. Notre proposition est de réduire de 20% la participation liée à la solidarité intergénérationnelle. Les classes d’âge que nous proposons sont larges et il n’y en a plus après 35 ans. Notre but n’est pas de les multiplier, mais de corriger un déséquilibre qui met en danger tout le système. Pour nous, le véritable avantage de la réforme votée par le parlement est qu’elle renforce la confiance des jeunes dans le système.

Et ensuite, les primes des jeunes adultes vont-elles repartir à la hausse?
Les primes suivent l’évolution des coûts, qui augmentent. C’est également vrai pour les jeunes adultes, ce d’autant plus qu’une partie de leur prime continuera à financer les coûts engendrés par des personnes plus âgées.

A l’origine, il était question de ramener les primes pour enfants à zéro franc. Qu’en pensez-vous?
La décision finalement prise, celle d’augmenter les subventions pour les enfants, permet d’aider les familles dans le besoin. Supprimer complètement cette prime reviendrait à mélanger la politique sociale et celle des assurances. Ce qui n’a pas de prix n’a pas de valeur. De plus, arrivé à 18 ans, le saut serait important et susciterait incompréhension et rejet. Il est important que les gens réalisent que la santé a un coût, cela permet aussi de les responsabiliser. Ensuite, l’Etat peut aider ceux qui en ont besoin.

Les primes pour enfants vont-elles augmenter, comme le prédit Alain Berset?
La loi prévoit désormais que les primes doivent couvrir les coûts. Ce n’est pas le cas pour les enfants. Donc, en effet, ces primes vont augmenter.
Caroline Zuercher

 

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