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Infirmier banni à vie d’hôpital psychiatrique

Lundi, 20 mars 2017

Un ressortissant français avait été condamné en 2014 pour son étrange «sexothérapie» sur deux patientes de l’Hôpital psychiatrique de Prangins

«Mon plaisir n’était pas de nature sexuelle. Il résultait de mon sentiment d’être utile. Il m’en coûtait, car je suis marié.» Ainsi s’exprimait lors de son procès à Nyon en 2014 un infirmier accusé d’avoir profité de la vulnérabilité de deux femmes malades à l’Hôpital psychiatrique de Prangins.
Le Tribunal correctionnel de La Côte n’avait pas vraiment apprécié la nuance. Il avait condamné ce trentenaire français à 2 ans de prison avec sursis pour actes d’ordre sexuel avec des personnes hospitalisées et pour abus de la détresse. De plus, la Cour lui avait interdit d’exercer la profession d’infirmier pendant cinq ans. Insuffisant aux yeux de l’Administration cantonale, qui ouvre sa propre enquête sur l’affaire.
Le 2 juillet 2015, le chef du Département de la santé et de l’action sociale décide de fermer définitivement la porte à cet homme à toute pratique professionnelle dans des établissements psychiatriques publics ou privés, d’en informer ces établissements et de publier cette décision dans la Feuille des avis officiels. L’intéressé vient de perdre le recours contre cette sanction extrême. Etant donné le caractère exceptionnel de cette mesure, l’autorité qui la confirme se base sur une expertise du cas confiée à un médecin spécialiste en psychiatrie aux Hôpitaux de Genève (HUG).
Force est d’admettre que l’histoire dépasse le cadre d’un moment d’égarement dû à la faiblesse de la chair. Les faits s’étendent de 2008 à 2010. De son propre aveu, c’est une sorte de sexothérapie que cet infirmier se faisait fort d’appliquer, généralement lorsqu’il était de garde la nuit. Deux femmes hospitalisées à Prangins ont été ses «patientes». Pour la première, il avait expliqué répondre à une demande d’ordre sentimental et sexuel. Il s’était ensuivi des rapports dans la chambre fermée à clé de cette personne, puis d’autres rencontres galantes dans la salle d’entretien de l’établissement. Et cela avait continué lorsque cette femme était rentrée à son domicile.
Le second cas est plus pathétique. «Je voulais la réparer physiquement, je pensais qu’à travers la sexualité elle allait se rendre compte que son corps n’était pas là pour la torturer mais aussi pour lui donner du plaisir», a-t-il expliqué. Là aussi, leurs rapports se sont poursuivis une fois la patiente rentrée chez elle. C’est l’une de ces deux victimes, en racontant cela à son psychiatre, qui est à l’origine de l’interpellation de l’infirmier, ce qui lui a valu d’être licencié et de passer deux mois et demi en préventive à l’époque.
L’autorité de recours considère que cet infirmier a persisté devant le médecin des HUG dans sa version selon laquelle il voulait aider et rendre service et qu’il semble éprouver beaucoup de difficultés à prendre ses distances avec les «théories thérapeutiques ineptes» évoquées dans le jugement de Nyon.
Et de rappeler que l’interdiction à vie prononcée pour préserver les patientes ne concerne que les établissements psychiatriques, ce qui laisse à cet infirmier au bénéfice d’une formation générale la possibilité de retrouver du travail dans un autre type de discipline.
Georges-Marie Bécherraz

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