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L’ hémorragie des médecins

Samedi, 18 mars 2017

Italie Faute de débouchés professionnels, de plus en plus de praticiens et d’infirmiers se résolvent à aller travailler à l’étranger.

De plus en plus de médecins quittent l’Italie pour exercer dans d’autrespays, où les salaires et les conditions de travail sont meilleurs.
«On a dépensé des sommes folles pour rénover en profondeur le service des urgences, qui ne peut pas fonctionner à plein régime par manque de médecins. C’est scandaleux!» s’énerve le professeur Gianfranco Catalano. Situé à l’Eur, un quartier de Rome construit dans les années 1930 pour célébrer les 20 ans de l’accession au pouvoir de Benito Mussolini, l’Hôpital San Eugenio est un exemple de l’état de délabrement du système de santé italien, appauvri par les multiples coupes budgétaires. Faute de moyens, les recrutements sont bloqués et les remplacements effectués au compte-gouttes. Pour gratter quelques euros, les hôpitaux situés dans les zones les moins peuplées ont été fermés. Contraints à l’inactivité, de plus en plus de médecins et de paramédicaux prennent désormais le chemin de l’exil. «Les médecins italiens ont une excellente réputation et trouvent facilement du travail à l’étranger» constate le Dr Marco Macrì.
L’an dernier, l’Hôpital de Birmingham (GB) a entrepris des démarches pour recruter des infirmiers italiens. «J’ai été contactée par cet établissement, qui m’a proposé un salaire de 3000 euros par mois (3200 fr.), plus une indemnité de déplacement pendant six mois pour trouver un logement et faire les démarches administratives», confie l’infirmière Serena Stamerra. Depuis une semaine, l’Hôpital de Hambourg, en Allemagne, a entamé une stratégie identique. Un accord a été souscrit avec la plate-forme européenne Eures, implantée à Benevento, qui aide les demandeurs d’emploi à trouver du travail dans l’Union européenne. Les infirmiers sélectionnés par les recruteurs allemands signeront un contrat soit de deux ans, soit à durée indéterminée. Ils percevront un salaire mensuel de 2400 euros plus les heures supplémentaires, suivront des cours d’allemand gratuits et bénéficieront d’une aide pour effectuer les démarches administratives.

Exode vers la France aussi

La fuite des cerveaux médicaux transalpins touche désormais toutes les catégories de professionnels. Pour combattre la désertification dans les campagnes, les maires des petites communes françaises se tournent vers l’Italie. Ainsi, sept praticiens – quatre généralistes, un ophtalmologue, un dermatologue et un gynécologue – s’apprêtent à franchir les Alpes pour s’installer dans la petite commune picarde de Thourotte. «En France nous manquons cruellement de médecins de campagne, et en Italie les toubibs n’ont pas d’avenir dans la profession par manque d’opportunités», constate Patrice Carvalho, maire communiste de Thourotte.
Ariel F. Dumont

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