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Nos maisons manquent d’air

Vendredi, 21 avril 2017

Hygiène Mal aérés, nos intérieurs concentrent des pollutions qui peuvent se révéler néfastes pour notre santé. Lancée en mars, une invention vaudoise veut lutter contre le phénomène.

C’est une idée très simple: ouvrir les fenêtres. Depuis le mois de mars, la start-up vaudoise AreaTwin propose un système gérant automatiquement leur ouverture et leur fermeture. Objectif: lutter contre notre fâcheuse tendance à mal aérer nos intérieurs. «Nous passons plus de 80% de notre temps dans des espaces clos dont l’air peut être parfois 5 à 10 fois plus pollué que l’air extérieur», soulignait, en février dernier, un rapport du projet de recherche Mesqualair mené avec le soutien de l’Office fédéral de la santé publique. Entre 2013 et 2016, l’étude a analysé la qualité sanitaire de l’air de 650 bâtiments en Suisse romande.
Architecte et cofondatrice d’AreaTwin, Bernadette Willemin voit dans ce manque d’air frais la trace d’un changement de mode de vie. «Les gens partent tôt, rentrent tard. L’aération est une tâche qu’on n’arrive plus à assumer», explique-t-elle. Facteur aggravant, l’air a encore plus de difficulté à circuler dans les bâtiments modernes qui sont de mieux en mieux isolés pour permettre des économies d’énergie.

Programmable à distance

Valant 1400 francs pièce, le système qu’elle a imaginé s’adapte à toutes les fenêtres et permet d’ouvrir automatiquement en grand pendant quelques minutes, plusieurs fois par jour. Il peut être programmé à distance ou se déclencher au meilleur moment grâce à des capteurs mesurant le CO2, l’humidité et la température. «À la base, j’y ai réfléchi davantage pour la santé du bâtiment que pour celle du public. Une forte concentration d’humidité amène des moisissures qui vont fortement dévaluer le bien immobilier», détaille l’architecte.
Mais les conséquences sur l’humain peuvent, elles aussi, être importantes. «C’est une question de santé publique. Cela peut créer des problèmes d’asthme, d’allergies ou même de cancer du poumon», assure Bernadette Willemin. Responsable prévention au sein de la Ligue pulmonaire, Lucienne Roh abonde. «On n’aère pas assez, surtout en hiver. Cela amène une concentration trop forte de CO2 qui peut conduire à des maux de tête, de la fatigue ou des maladies plus graves», observe-t-elle. La spécialiste pointe notamment le problème du radon, un gaz radioactif présent naturellement dans le sol. «C’est la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac. En cas de mauvaise aération, on risque une concentration trop forte de radon chez soi», poursuit-elle tout en précisant que l’essentiel reste de régler le problème d’infiltration du gaz.
De manière générale, Lucienne Roh regrette que le grand public ne soit pas suffisamment sensibilisé à la problématique du renouvellement d’air. «Souvent, quand on ne se sent pas bien, on pense à des mesures radicales, comme changer les peintures ou prendre un médicament, mais on n’a pas le réflexe de juste ouvrir la fenêtre», constate-t-elle.
Fabien Feissli

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