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Le vélo, ce n’est pas que pour les bobos

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Vendredi, 9 juin 2017

L’invité

Connaissez-vous un moyen de réduire de 24% les crises cardiaques dans notre population et sans intervention médicale? Demandez le donc aux Danois. Selon un article paru dans la prestigieuse revue médicale Circulation en novembre 2016, le suivi pendant presque vingt ans de 54 000 habitants de Copenhague, âgés de 50 à 65 ans, a montré cette baisse importante des maladies coronariennes chez ceux qui se sont convertis au vélo pour se déplacer en ville par rapport à ceux qui n’en faisaient pas. A Copenhague, 50% des déplacements en ville se font soit à vélo, soit à pied. Une politique proactive de mobilité douce, c’est donc avant tout une politique qui privilégie des axes sûrs en milieu urbain pour les cyclistes et des transports publics de qualité, qui favorisent la marche pour les utiliser. Genève n’est pas un si mauvais élève, comme en témoigne le récent rapport de l’Office fédéral de la statistique qui montre que 12% des Genevois se déplacent soit à pied soit à vélo (juste Bâle fait mieux avec 13%) et le nouveau plan cantonal de la mobilité douce contient d’ailleurs des propositions intéressantes pour augmenter ce pourcentage. Mais Genève n’est pas encore Copenhague, et l’auteur de ces lignes n’est pas persuadé que tous nos concitoyens ont bien réalisé que développer la mobilité douce est le meilleur moyen de préserver leur santé. Notre mode de vie actuel, caractérisé entre autres par une sédentarité importante, recèle les germes d’une explosion des maladies chroniques. Or, 80% des coûts de la santé sont dus à des maladies non transmissibles telles que l’hypertension artérielle, le diabète, l’arthrose ou le cancer. Selon l’Office de la santé publique, la moitié de ces affections pourrait être évitée par un mode de vie plus sain (OFSP 2012). Celui-ci est bien connu et semble à première vue relativement simple à mettre en œuvre. Si les Genevois bougeaient plus (et aussi mangeaient mieux, buvaient et fumaient moins), leur état de santé serait grandement amélioré (et de plus les coûts de la santé diminueraient ou se stabiliseraient). On me rétorquera que la population vieillit et que le transport individuel motorisé peut pallier les difficultés de se mouvoir. Mais l’intérêt de l’étude danoise est de s’être focalisé sur les personnes âgées entre 50 et 65 ans. Un des défis futurs de nos sociétés occidentales vieillissantes sera justement de maintenir les aînés de demain avec le maximum d’autonomie. Se déplacer en ville à pied ou à vélo (qu’il soit avec ou sans assistance électrique) est mieux à même de la préserver plus longtemps. Le développement de la mobilité douce en milieu urbain, et donc un réseau adéquat de pistes cyclables et de transports publics performants, n’est pas seulement une problématique de politique des transports, c’est aussi et avant tout une priorité de santé publique. Qu’on s’en souvienne dans les prochains débats sur la mobilité qui vont continuer à agiter notre république dans l’avenir.
Patrick Saudan
Député PLR membre du comité de Pro Vélo

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