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Chloé, des cheveux et du coeur

Samedi, 8 juillet 2017

SOLIDARITÉ Une gamine de 7 ans s’est rendue jeudi chez le coiffeur, à Sonceboz (BE), pour une coupe qui servira à fabriquer une perruque pour un enfant cancéreux de son âge.

L’idée est née au hasard d’un post publié sur Facebook: à sa fille qui refusait d’aller chez le coiffeur, Christelle Léchot a signalé que les cheveux pouvaient servir à la fabrication d’une perruque pour un petit cancéreux. Pour la gamine, ça a été le déclic. «Elle a décidé sur-le-champ de laisser pousser ses cheveux à la longueur nécessaire», rapporte sa maman, restauratrice aux Prés-de-Cortébert. Une année après la décision, c’était jeudi le jour J, chez une coiffeuse de Sonceboz (BE). Le matin, Chloé s’est levée motivée et impatiente. «C’est jeudi aujourd’hui? Yes!!!» s’est-elle exclamée au réveil. Le dernier doute remontait à lundi. Il a été balayé par une simple discussion: «Tu verras, ça repoussera et ce sera pratique à la piscine…»

Le sourire jusqu’aux oreilles

Hier, à Sonceboz, chez sa coiffeuse Florence Kohler, Chloé ne s’est jamais départie de son sourire. «Ma crainte, c’était qu’elle parte en sanglots», avoue la coiffeuse.
Chloé n’est pas la première à faire couper ses cheveux pour la bonne cause au Flo Style Hair, mais elle est de loin la plus jeune. «Ses cheveux sont ceux d’une adulte», remarque la coiffeuse. «À l’âge de 6 mois, elle était coiffée d’un palmier», indique la maman.
Comme les cheveux repoussent d’environ un centimètre par mois, Chloé en a coupé pour deux ans hier après-midi. Sa coiffeuse a fait trois tresses attachées par des élastiques et tranchées d’un coup de ciseaux, ce qui a davantage ému la maman que la fillette. La coupe n’a guère suscité de débat sur la leucémie pour ne pas dramatiser la démarche. Chloé n’a d’ailleurs jamais été confrontée à cette maladie dans son entourage. Il y avait chez elle l’insouciance d’une gamine qui croit aux princesses. Ses trois tresses de 24 à 27 cm, Chloé les destine à un enfant. «Les perruques pour enfants sont rares et chères», confirme Florence Kohler.
Les blondes étant mieux «fournies» que les brunes, ce sont entre 280 000 et 350 000 cheveux qui partiront à Hereford, au siège d’une fondation britannique créée en 2006 par les parents de la petite Hannah Tarplee.
À la tignasse de Chloé, qui aura 8 ans le 22 août, s’ajouteront celles des cinq adultes que la petite a convaincus, dont sa tante Stéphanie. Les cheveux iront à ladite fondation, The Little Princess Trust, préférée à son homologue romande Chauve pour la bonne cause, moins axée sur les enfants. Longueur minimale requise: 17 cm, moins que les 30 cm exigés par d’autres.

Un toupet qui cache
une calvitie partielle

«L’envie vient d’elle. Chloé a toujours été sensible au malheur des autres: quand un enfant tombe, elle surgit avec un sparadrap tiré de son sac», rigole la maman. Depuis toute petite, Chloé porte les cheveux longs. Ce qui l’a convaincue, c’est la coupe au carré portée par sa meilleure copine, Zoé, perçue parfois comme sa jumelle.
À Sonceboz, Florence Kohler s’y connaît en postiche, elle qui envisageait une carrière au théâtre. Une perruque sur un mannequin lui sert à s’entraîner. «Pour les cancéreux, il s’agit parfois d’un toupet qui cache une calvitie partielle.» Les cheveux de Chloé répondent au critère principal: ils sont naturels, moins cassants que ceux d’un adulte, surtout si ce dernier prend des médicaments, mais la génétique et la nourriture comptent aussi.
Une coloration ou une pigmentation ne sont toutefois pas exclues pour correspondre au teint du demandeur. La longueur fournie sera diminuée par la fixation sur un tulle. Le cheveu asiatique ou africain ne possède pas les mêmes caractéristiques que l’européen. «Torsadé, le cheveu asiatique peut faire une corde», assure Florence Kohler. Le cheveu afro est trop frisé pour un crâne européen. La durée de vie d’une perruque dépend de son entretien: «Il ne faut pas frotter mais malaxer une perruque», explique la coiffeuse.
Vincent Donzé

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