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Des probiotiques pour guérir de la septicémie

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Dimanche, 3 septembre 2017

Flore intestinale Les décès de nouveau-nés indiens touchés par cette infection ont chuté de 40%.

Un dollar, ce n’est presque rien. Le prix d’une poignée de bonbons, d’un bâtonnet glacé. Mais, d’ici peu, cela devrait aussi être la somme à débourser pour sauver une vie. Selon l’équipe du professeur Pinaki Panigrahi, de l’Institut de recherche sur la santé de l’enfant de l’Université américaine du Nebraska, un seul billet vert suffirait à éviter qu’un bébé né dans un pays en voie de développement succombe à une septicémie, une infection généralisée. Ce chercheur et ses confrères ont publié dans la revue Nature les surprenantes conclusions d’une étude menée depuis 2008 dans des zones rurales indiennes. Celle-ci démontre qu’en utilisant des probiotiques, il est possible de faire baisser de près de 40% le taux de mortalité lié aux septicémies. Le potentiel de cette découverte semble énorme, quand on sait que cette redoutable intoxication du sang par des bactéries pathogènes tue chaque année 500 000 enfants.

Le Pr Gilbert Greub, directeur de l’Institut de microbiologie de l’Université de Lausanne, ne cache pas son admiration: «C’est révolutionnaire: avec une bactérie assez facile à produire en culture et relativement stable ensuite, on arrive à moduler, et à moindres coûts, le microbiote (la flore intestinale, ndlr) des enfants. Mais cela ne m’étonne pas. À Lausanne, des traitements par probiotiques permettent ainsi de prévenir les entérocolites nécrosantes (ulcérations et nécroses étendues de l’iléon et du côlon, ndlr) chez des nouveau-nés prématurés. Même si ces bactéries favorables pénètrent parfois le système sanguin des enfants, causant des infections, cette pratique reste utilisée aujourd’hui, car les bénéfices sont plus grands que les risques encourus.»

Des résultats spectaculaires

Mais revenons en Inde afin de mieux comprendre cette étude clinique. Chaque jour durant la première semaine de vie, des enfants d’au moins 2 kilos, qui ne sont ni prématurés et ne présentant pas des signes d’infection à la naissance, ont pris, par voie orale, un probiotique à base de Lactobacillus plantarum, une bactérie lactique. «Chaque capsule contenait du sucre et un milliard de bactéries, ce qui est énorme», commente Gilbert Greub. Près de 4550 enfants ont pris part à cette ambitieuse recherche qui, à l’aune des premiers résultats spectaculaires, a été interrompue en cours de route. Comme le groupe qui recevait un placebo a montré un risque de septicémie de 9% et que ce taux a baissé à 5,4% dans le groupe qui ingérait ce probiotique, la preuve de l’efficacité du traitement a vite été faite. «Des études avaient précédemment montré que la présence des microbes dans le tube digestif renforce notre défense immunitaire contre les infections, rappelle le spécialiste vaudois. Étant donné que les nouveau-nés n’ont pas encore de microbes, puisque leur flore intestinale commence à peine à se construire, la colonisation par des bactéries favorables peut donc être une bonne chose.»

D’autres champs d’action

Mais avant d’en arriver à cette conclusion, Pinaki Panigrahi et ses collègues ont dû trouver une souche capable de coloniser le tube digestif des jeunes enfants. «Il faut bien comprendre qu’il existe des dizaines d’espèces de Lactobacillus, toutes différentes, qui sont elles-mêmes scindées en de nombreuses souches dont chacune peut avoir sa propre particularité», explique Gilbert Greub. Durant des années, les auteurs de l’étude ont donc dû réaliser des tests avant de choisir l’espèce Lactobacillus plantarum, dont une «bonne souche» a pu être isolée de la flore intestinale d’un jeune Américain de 11 mois. Une question se pose désormais: comme chaque individu a une flore intestinale qui lui est propre, Lactobacillus plantarum est-elle une solution transposable chez tout le monde? «Tant que cela n’a pas été démontré sur d’autres sujets ailleurs qu’en Inde, il est impossible d’en être sûr, mais c’est fort probable», répond le microbiologiste suisse.

Cette étude apporte donc un souffle nouveau aux recherches sur les probiotiques, qui, malgré des résultats encourageants, n’avaient pas forcément été à la hauteur des attentes jusqu’ici. Les probiotiques vont-ils bientôt apporter des solutions dans d’autres domaines médicaux? «Prévenir la septicémie ouvre déjà un champ novateur, insiste Gilbert Greub. Mais il est probable qu’ils auront un grand rôle à jouer à l’avenir dans le traitement d’autres infections bactériennes, dont la pneumonie. En outre, on sait déjà par exemple que l’on peut agir sur la composition bactérienne du tube digestif afin d’influencer la prise de poids.»
Frédéric Rein

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