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Genève dévoile sa nouvelle Maternité les travaux ont duré une génération. Et ce n’est pas fini

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Samedi-dimanche, 2-3 septembre 2017

En trente ans, le suivi de la grossesse et l’accouchement se sont médicalisés, pour la sécurité des patientes. En parallèle, les soins se sont personnalisés

La mue de la plus grande Maternité de Suisse s’achève… presque. Lancée en 1990, la restauration de ce service hospitalier semblait ne jamais devoir se terminer. Mais avec cette troisième étape qui se clôt et qui a été présentée hier, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) offriront des chambres à deux lits (contre trois aujourd’hui), 12 salles d’accouchement (au lieu de 8), 2 salles de césarienne, 23 lits en néonatologie dans des chambres individuelles (doubles jusqu’ici), une unité mère-enfant dans les cas où le bébé a besoin d’une surveillance accrue et 10 chambres en division privée (pour environ 6 lits actuellement).

Pas du luxe

D’étape en étape, ce sont 221,6 millions de francs qui ont été investis pour restaurer les anciens immeubles et en construire de nouveaux le long du boulevard de la Cluse (lire l’encadré). Une dépense à la hauteur de la mission du lieu qui veille, notamment, à la mise au monde de 4000 bébés chaque année. Soit les deux tiers des nouveaux petits Genevois.
La dépense de ces centaines de millions n’a pas été aisée. D’ailleurs, même si elle est inscrite au plan décennal des investissements, la réalisation de la 4e étape, qui vise à rénover la dernière partie de l’ancienne Maternité (34,5 millions), reste en suspens: le Grand Conseil n’a pas encore voté les crédits.
A ceux qui parlent de luxe, le professeur Olivier Irion, chef du Département de gynécologie et d’obstétrique, répond: «Les femmes de Genève méritent des conditions modernes de sécurité, d’hygiène, d’équipement et de confort. Je trouve insultant de parler de luxe; personne ne contesterait les progrès en cardiologie ou en urologie, les blocs hypermodernes où l’on opère la prostate. L’obstétrique devrait-elle se faire dans l’arrière-cuisine? Ce n’est pas parce que les femmes ont toujours accouché que cela doit se faire comme dans la préhistoire!»

«Quinze ans de retard»

Le médecin regrette que les travaux aient pris «quinze ans de retard: tout devait être terminé en 2003, mais il y a eu des aléas: un incendie, la canicule, ces questions de budget… Tout aurait été plus simple si l’on avait pu tout construire en une seule fois.»
Sur ce point, Bertrand Levrat, directeur général des HUG depuis 2013, relève que la conduite d’un tel chantier «prend du temps et s’avère extrêmement complexe: il a fallu mettre en place tout un système de rocades pour garder les services opérationnels durant les travaux». Quant au conseiller d’Etat Mauro Poggia, il a cette boutade: «Existe-t-il des constructions à Genève qui se terminent sans retard? Il y a les changements de législature, de pilote et il faut, à chaque étape, dégager les fonds nécessaires.»
Quoi qu’il en soit, voyant dans cette modernisation un symbole de la meilleure considération dont jouissent les femmes aujourd’hui, le professeur Irion retrace l’évolution de sa discipline, alors qu’il s’apprête à partir à la retraite dans un mois.

Mortalité divisée par deux

A l’inverse des inconditionnels de la nature qui s’insurgent contre la médicalisation de la naissance, lui se félicite ouvertement de cette tendance. Il rappelle qu’en 1930, une femme sur deux cents mourait en couches à Genève, contre 1 sur 20 000 aujourd’hui, soit cent fois mois. En une génération, il a vu des progrès notables: «Il y a trente ans, on faisait beaucoup de choses car on les avait toujours faites ainsi.» L’épisiotomie par exemple, cette incision du périnée pratiquée lors de l’accouchement pour éviter des déchirures naturelles, et qui peut être mal vécue, représentait un geste routinier. «Désormais, on y recourt dans 10% des accouchements tout au plus.»
Jugée autrefois comme la discipline la moins scientifique de la médecine, l’obstétrique s’est réformée. «J’ai voulu diriger ce département en me fondant sur des preuves et non plus des croyances.» La sécurité des femmes et des bébés a bénéficié du recours plus large à la césarienne et des progrès de l’échographie et de la médecine fœtale. La mortalité intra-utérine et périnatale (pendant la grossesse, l’accouchement ou lors du premier mois de vie) a diminué de moitié. La première est passée de 9‰ en 1984 à 4‰ en 2016. La seconde de 18‰ à 7‰.
De nos jours, d’aucuns jugent le recours à la césarienne excessif (33% des naissances en Suisse, 30% aux HUG, contre 10% dans les années 1980). Mais Olivier Irion relève que le geste, plus sûr aujourd’hui qu’il y a une génération, a permis de diviser par six le nombre d’asphyxies graves du nouveau-né et par trois celui de déchirures sévères du périnée.

Soins personnalisés
Afin de réduire encore les risques, les HUG ont investi dans la formation par simulation, qui permet d’élaborer des scénarios d’urgences et de s’entraîner aux gestes techniques, tant en gynécologie-obstétrique qu’en néonatologie, qui accueille 500 bébés chaque année.
Autre changement frappant: «La population de la Maternité a beaucoup changé. Alors qu’il y a trente ans nous recevions essentiellement des jeunes femmes européennes, aujourd’hui, les dames sont plus âgées, il y a beaucoup de migrantes venant du monde entier et les situations sont plus compliquées: on voit davantage d’hypertension, de diabète.»
Les HUG évoquent une proportion de 40% de grossesses à risques. Face à ce public, les soins se sont affinés et personnalisés. Dans cette Maternité qui est la plus grande de Suisse, une unité a été créée pour suivre les femmes enceintes en situation précaire ou à haut risque psychosocial. Le programme Contrepoids accompagne les dames obèses. Les couples peuvent bénéficier d’un bilan de fertilité en un jour. Une consultation spécifique est consacrée à l’interruption de grossesse et un programme accompagne les couples ayant perdu un bébé. «Notre souci est d’assurer des soins respectueux et de dispenser la médecine la plus humaine possible, pour chaque femme, quelle que soit sa condition», conclut Olivier Irion.
Sophie Davaris

 

 

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