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Transmettre le VIH est condamnable

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Jeudi, 7 septembre 2017

Procès Joao* comparaissait hier, à Lausanne, accusé d’avoir infecté son ex-partenaire. La Cour a suivi la procureure.
Il écope de 24 mois, assortis du sursis.

Leur histoire d’amour débute une nuit de juin 2014 au MAD, à Lausanne. Jacques*, 39 ans aujourd’hui, flashe sur un ressortissant portugais. Les deux hommes entretiennent des rapports non protégés la même nuit dans le salon de massage que gère Joao*. L’idylle se poursuit. Trois semaines plus tard, le Vaudois fait des poussées de fièvre, comme une grippe doublée d’une angine. Ce ne sera ni l’un ni l’autre. Il s’agit bien des symptômes d’une primo-infection au VIH.

Enferré dans le mensonge

Un test effectué en septembre 2014 confirme l’écœurante réalité à Jacques, désormais infecté. Sa vie s’écroule. Son nouveau compagnon ne lui a jamais dit qu’il était porteur du virus. «Faux», réplique le prévenu de 36 ans. «Je l’ai informé tout de suite, clame-t-il. Il m’a répondu: «Je m’en fous.» Pour moi, c’était une évidence qu’il était aussi séropositif.»
Commence alors une longue descente aux enfers. Le Portugais s’enferre dans le mensonge: «J’étais fou amoureux de lui. J’ai eu peur de le perdre.» Il se sait pourtant atteint depuis l’été 2010 et ne s’est traité que six petits mois. Lorsqu’il rencontre Jacques, Joao était ainsi une véritable bombe à retardement avec un taux de virémie explosif. Jacques, lui, culpabilise: et si c’était lui «qui lui avait refilé cette merde?» comme écrit dans un échange sur Messenger. Malgré cela, le couple traverse les épreuves au gré d’une relation discontinue, faussée par l’imposture de l’accusé.
Au printemps 2015, second coup d’assommoir pour le plaignant. Joao fait une chute et se retrouve au CHUV. Jacques court à son chevet et découvre dans le dossier médical de son ami que celui-ci est porteur du VIH depuis cinq ans. Et non pas depuis le test qu’il a réalisé – après le sien – à l’automne 2014. Le Vaudois porte plainte.
Dans son acte d’accusation, la procureure Ximena Paola Manriquez avait retenu les lésions corporelles simples et la propagation d’une maladie de l’homme, cette dernière qualification incluant la nuance de «bassesse de caractère». Hier, la magistrate a obtenu du tribunal une aggravation pour lésions corporelles graves. «Il lui a menti, l’a manipulé, l’amenant à se sentir coupable. Sa turpitude à dissimuler sciemment est confondante. Aujourd’hui, il admet du bout des lèvres.» En l’absence d’antécédents et après de longues réflexions, elle a requis 24 mois, accordant un sursis équivalent.
Avocat de Jacques, Me Éric Stauffacher a emboîté le pas de la procureure: «Le silence de Joao est criminel. Et cette attitude ignoble à feindre l’ignorance. Quelle dose de veulerie et de lâcheté. C’est une bombe sale. Il faut qu’il paie son ignominie.» Du côté de la défense, «pas question de juger le mensonge mais bien les faits, lancera Me Marc-Henri Fragnière. Rien ne permet de dire que mon client a contaminé Jacques. Aucune preuve matérielle. Le ministère public ne s’est pas posé la plus élémentaire des questions: de quels sous-types du virus sont-ils atteints? C’est inacceptable. Joao est innocent.»
Les juges de Montbenon ont admis intégralement la version de la victime. Et condamné Joao à la même peine que celle requise par le parquet: 24 mois, en revanche avec trois ans de délai d’épreuve.
Evelyne Emeri

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