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Garçon ou fille une affaire de choix

Lundi, 11 septembre 2017

TENDANCE Sélectionner le sexe de son enfant, et pourquoi pas la couleur de ses yeux? En Suisse, c’est illégal,  mais la pression sur les médecins augmente. 

Après avoir déjà donné naissance à une fille, voire à deux… de nombreux parents rêvent d’un garçon. Et vice versa. Aujourd’hui, grâce aux nouvelles techniques médicales, il est facile de sélectionner le sexe de son futur enfant. Mais, si aux États-Unis la pratique est autorisée – pour des motifs dits d’équilibre familial! – en Suisse, c’est totalement interdit. Toutefois, assure la NZZ am Sonntag, avec le nouveau diagnostic préimplantatoire (DPI), la pression sur les médecins est toujours plus forte.
En vigueur depuis le 1er septembre, le DPI permet de déceler d’éventuelles anomalies, en prélevant une ou plusieurs cellules sur un embryon conçu in vitro et analysées avant son implantation dans l’utérus. Mais l’examen pourrait également révéler le sexe. «Pour les couples qui ont un fort désir, soit pour un garçon, soit pour une fille, c’est difficile de comprendre que cela soit interdit», remarque la gynécologue Yonat Floersheim, ancienne directrice de la Clinique de la femme à l’Hôpital universitaire de Zurich.
D’ailleurs, même si un médecin voulait lever le secret, il n’en aurait pas la possibilité, car les embryons sont examinés par des laboratoires indépendants qui ne dévoilent pas le genre aux médecins.

Un choix à 25 000 dollars
À l’Hôpital universitaire de Bâle, la pression du genre est également bien connue. D’autant que ce dernier est le seul en Europe – en dehors d’une clinique privée à Chypre – à proposer une méthode appelée «Microsort», permettant de séparer les spermatozoïdes porteurs du chromosome X (fille) de ceux qui portent le Y (garçon). «Nous avons reçu de nombreuses demandes, déclare le Dr Christian de Geyter, responsable de la médecine de reproduction. Mais ma tâche est de guérir et de prévenir les maladies, pas de faire de la cosmétique familiale. La loi est claire, et je m’en réjouis!» Du coup, de nombreux couples se tournent vers des cliniques spécialisées en fécondation in vitro aux États-Unis, où ils peuvent, sans autre, choisir le sexe de leur enfant pour un montant d’environ 25 000 dollars. Un vrai business, à tel point que dans certains de ces établissements sept femmes sur huit subissant une FIV sont en parfaite santé et auraient pu avoir un enfant autrement.

Retarder la communication
La sélection du sexe lors de grossesses naturelles est une autre problématique très actuelle en Suisse car une nouvelle génération de tests sanguins permet de savoir si l’on attend un garçon ou une fille dès la dixième semaine de grossesse. Avec le risque de permettre son interruption avant la date fatidique des douze semaines. On estime que les IVG pour une question de genre s’élèvent à une centaine de cas par an. Pour stopper ça, l’Office fédéral de la santé publique propose une révision de la loi qui interdira aux médecins de communiquer toute information sur le sexe avant douze semaines. Justifié? La Dr Dorothea Wunder, gynécologue au Centre de procréation médicale assistée de Lausanne, est convaincue qu’en Suisse une sélection discriminatoire en fonction du genre ne mènerait pas à un déséquilibre de la population, comme en Chine ou en Inde. «En revanche, dit-elle, envoyer à d’autres pays un message laissant entendre qu’il est tolérable d’avorter un enfant pour une question de sexe serait pour moi inacceptable!»
Pascale Bieri

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