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L’accident vasculaire cérébral, l’autre inégalité homme-femme

Samedi-dimanche 9-10 septembre 2017

Santé publique

L’histoire peut faire sourire ou trembler. Un soir d’octobre 2010, une femme habitant Guérande, en France, ressent des fourmillements dans les membres et souffre de difficulté d’élocutions. Elle appelle alors les urgences, mais le régulateur du SAMU lui raccroche au nez après lui avoir conseillé «d’aller se coucher». Le praticien avait interprété ses symptômes comme une conséquence d’un état d’ivresse ou d’une dépression. Las, la pauvre femme était en train de faire un accident vasculaire cérébral (AVC) et elle est aujourd’hui lourdement handicapée. Loin d’être anecdotique, cette tragique histoire illustre l’inégalité homme-femme qui persiste dans la prise en charge de cette maladie. Une étude, publiée au début de septembre dans la revue Nature Reviews Neurology, vient confirmer ce fait: «Les femmes victimes d’un AVC sont moins bien traitées que les hommes, résume Charlotte Cordonnier, neurologue au Centre hospitalier universitaire de Lille et principale auteure de l’étude. Les délais sont plus longs pour arriver à l’hôpital et le diagnostic moins vite posé que chez l’homme, ce qui entraîne un traitement moins approprié et des séquelles plus lourdes.» L’inégalité débute, en fait, dès la mise au point des traitements. «Je passe ma vie à prescrire à des femmes âgées des médicaments qui ont été testés sur les hommes jeunes, souligne Charlotte Cordonnier. Il faudrait que les essais cliniques intègrent davantage le sexe féminin pour que les molécules soient mieux adaptées aux patientes.» Ensuite, les facteurs de risques diffèrent selon le sexe, ce qui est rarement pris en compte par les spécialistes. «Nos travaux montrent, par exemple, que l’hypertension durant la grossesse augmente grandement les risques d’AVC, souligne Charlotte Cordonnier, également chercheuse à l’INSERM. Pourtant, les médecins ne sensibilisent pas les mamans à cette problématique. Par ailleurs, les autres facteurs de risque, comme le diabète ou l’hypertension, touchent plus sévèrement les femmes que les hommes.» Autre écueil: alors qu’elles sont mieux informées des symptômes d’un accident vasculaire, les femmes sont moins promptes à appeler les urgences pour elles-mêmes. Résultat: une prise en charge retardée et des séquelles plus lourdes. «Améliorer le traitement du sexe féminin est un enjeu majeur de santé publique, poursuit la spécialiste. L’AVC tue quatre fois plus que le cancer du sein!» Les accidents vasculaires cérébraux sont en effet devenus la première cause de mortalité chez la femme et la première cause de handicap. En Suisse, environ 15 000 personnes en sont victimes chaque année, dont une majorité de femmes. Maigre consolation: la victime de Guérande, par ailleurs ancienne infirmière, va obtenir 350 000 euros de dédommagements et intérêts de la part du CHU de Nantes.
Bertrand Beauté

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