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Légitimité du prochain Conseiller fédéral : l’élection du 20 septembre 2017 et les leçons du 17 juin 2012 (édito de La Lettre de l’AMGe de septembre 2017)

Le Conseiller fédéral, M. Didier Burkhalter, qui a dirigé en 2010 et 2011, le Département fédéral de l’intérieur (DFI), avant de prendre la tête du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) le 1er janvier 2012, n’aura pas marqué les esprits lors de son passage au Département fédéral de la santé publique (OFSP). Suite à sa démission le 14 juin 2017, il sera remplacé le 20 septembre prochain. Cette élection, qui concerne un parti, se jouera entre une femme et deux hommes.

Une petite rétrospective s’impose. Quelle était la position des papables au Conseil fédéral lors de la votation du 17 juin 2012 concernant la révision de la LAMal dite Managed Care (réseaux de soins) ? Il sied de rappeler que 76% des Suisses avaient balayé ce projet de loi et 100% des communes suisses avaient voté contre le principe des réseaux de soins et la fin du libre choix du médecin.

M. Ignazio Cassis, farouche défenseur des réseaux de soins imposés, qui occupait le poste de vice-président de la FMH, avait, peu de temps après cette cuisante défaite, donné sa démission du comité central de la FMH. Depuis lors, il occupe la tête de la faîtière des assurances Curafutura… Pour mémoire, les tessinois avaient refusé les réseaux de soins à plus de 87%.

Mme Isabelle Moret, alors vice-présidente du PLR suisse et Conseillère nationale, avait le 23 mai 2012 sur le plateau de l’émission de la RTS Infrarouge défendu bec et ongles la loi Managed Care. Ce soir-là, le très regretté Mix et Remix l’avait caricaturée en « marionnette des assureurs ». Il suffit de se rappeler que près de 92% des vaudois avaient refusé l’objet fédéral sur les réseaux de soins imposés. Le Conseiller fédéral, M. Guy Parmelin, alors Conseiller national, était également dans le camp du OUI et cela contre la ligne de son parti l’UDC qui, fait rare, était aligné sur les positions socialistes.

Ce même 17 juin 2012, M. Pierre Maudet était élu Conseiller d’Etat à Genève. Il était en joie. S’il n’avait pas participé activement à la campagne du PLR genevois sur l’objet fédéral, il faut se rappeler que, sous l’action de M. François Longchamp, le PLR local avait décidé de soutenir la loi Managed Care. 14% des Genevois avaient été dans ce sens, alors que 86% balayaient cet objet fédéral sur la santé. Au plan national, 75% des électeurs PLR n’avaient pas suivi les consignes de leur parti.

Le Conseiller fédéral, M. Alain Berset, en charge de l’OFSP, avait au cours de cette campagne fait volte face. Il était contre en tant que parlementaire. Puis, une fois devenu Conseiller fédéral, il était favorable au Managed Care, prétextant avoir alors «analysé le texte»… On se rappellera également qu’en cas d’acceptation du Managed Care, il avait promis un milliard d’économies, chiffre farfelu selon les analystes.

Il semble que les cuisantes défaites dans le domaine de la santé n’aient aucune conséquence sur la carrière politique. Nous saurons plus tard, au cours de cet automne, qui sera en charge du DFI, soit de la santé. Le résultat du vote sur la prévoyance 2020 ainsi que l’appel des salons dorés des ambassades pousseront-ils M. Alain Berset à changer de département ? S’il devait rester aux commandes du département de la santé, il y a fort à parier que la modification de l’ordonnance sur la fixation et l’adaptation de structures tarifaires dans l’assurance-maladie, dont nous attendons encore la version définitive, pousseront les médecins et leurs patients à des actions fortes. Le mécontentement devrait être massif si le temps accordé aux patients pour leurs consultations devait être sacrifié, la médecine ambulatoire amputée et la notion d’urgences réduite uniquement aux situations vitales. Le pire, comme cela a risqué d’arriver en juin 2012, c’est la volonté, soutenue par les politiciens, de remettre les clés de la santé aux assureurs. Il suffit de lire le communiqué de presse de l’Office fédéral de la santé du 16 août dernier mentionnant que les assureurs décideront au cas par cas si le temps de consultation pour un patient atteint d’un cancer peut être prolongé. Scandaleux et honteux !
Michel Matter