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Plus de 7000 Lucernois doivent rendre leurs subsides maladie

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Samedi-dimanche 16-17 septembre 2017

Le Canton réclame un remboursement après avoir décidé de nouvelles économies. Le PS conteste la légalité de la démarche

La suppression d’une semaine d’école pour permettre de faire des économies avait frappé les esprits l’année dernière. Voici que de nouvelles mesures d’austérité agitent le canton de Lucerne. Le Gouvernement va exiger de quelque 7600 ménages qu’ils rendent les subsides d’assurance-maladie touchés depuis le début de l’année!
Le Canton s’est doté d’un budget définitif pour l’année 2017, en début de semaine, après neuf mois de blocage politique. Mais en raison d’un nouveau paquet massif d’économies, l’enveloppe largement acceptée par une majorité de droite au parlement est moins élevée que le budget provisoire qui a servi de base pour le paiement des aides sociales depuis le début de l’année.
Les subsides d’assurance-maladie se trouvent ainsi amputés de 15 millions de francs. Le salaire maxi­mal y donnant droit a été abais­sé de 75 000 francs à 54 000 francs. Conséquence: 5800 ménages doivent rembourser 5 millions de francs perçus. Près de 2000 ménages supplémentaires perdent aussi leur droit aux aides en raison de nouvelles données fiscales et sont sommés de rendre 3 millions de francs.
Le président du gouvernement et chef du Département de la santé et des Affaires sociales, Guido Graf (PDC), évoque un processus «délicat et sensible» à la télévision publique alémanique. Mais il assure avoir «voulu rester le plus social possible». «Les familles avec des revenus particulièrement bas ne tomberont pas à l’aide sociale. On va les aider. Ce sont les familles de la classe moyenne et supérieure qui n’auront plus ou moins accès aux subsides.»
A gauche, on fustige la mesure. «Le lien de confiance avec les autorités est mis à mal», a déclaré à la SRF David Roth, président du PS du canton. Le parti conteste la légalité de la démarche, en se basant sur l’avis d’un expert juridique mandaté par ses soins. Il ambitionne de mettre en route une plainte collective et s’en prend avec virulence à la politique fiscale du canton, qualifiée «d’échec».
En 2010, pour attirer les sociétés sur les rives du lac des Quatre-Cantons, les autorités ont réduit de 25% le taux d’imposition des entreprises. Deux ans plus tard, elles ont mis en œuvre un rabaissement supplémentaire de 50%. Les firmes de ce canton de Suisse centrale jouissent depuis des taux les plus bas du pays. Mais les implantations massives d’entreprises n’ont pas suivi. Au contraire des mesures d’économie, qui se sont enchaînées. A l’automne dernier, les élèves des écoles cantonales et professionnelles ont par exemple pris des «vacances forcées» d’une semaine – selon les termes des syndicats –, ce qui a permis d’économiser 4 millions de francs.
Afin de réduire le déficit, le gouvernement a décidé l’an dernier d’augmenter les impôts. La première version du budget 2017, adoptée en décembre dernier par le parlement, prévoyait une hausse du coefficient de 1,6 à 1,7, ce qui aurait rapporté environ 65 millions de francs supplémentaires dans les caisses de l’Etat. Mais l’UDC s’y est opposée et a lancé un référendum, empêchant au passage l’entrée en vigueur du budget pour l’année en cours. En mai, les citoyens ont rejeté l’augmentation d’impôt par 54,3% de voix. L’Exécutif a dû ficeler un nouveau programme.
Les députés ont avalisé mardi une enveloppe dégarnie. Les coupes concernent l’éducation, le social, l’asile, les services de police et la santé. Les investissements ont aussi été réduits d’environ 30 millions de francs.
Gabriel Sassoon

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