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«Des personnes veulent entraver l’assistance au suicide»

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Jeudi, 21 septembre 2017

Une initiative neuchâteloise veut une loi encadrant la pratique. Jérôme Sobel, président d’Exit, s’y oppose

Jérôme Sobel, président d’Exit en Suisse romande, ne veut pas d’une loi encadrant l’assistance au suicide. A plusieurs reprises, la Berne fédérale a essayé d’agir en ce sens. Elle y a toujours renoncé. Une initiative cantonale neuchâteloise l’appelle à remettre l’ouvrage sur le métier.
Le médecin à l’origine de cette proposition a expliqué sa démarche jeudi dans nos colonnes. Au tour de Jérôme Sobel de donner son avis.

Que pensez-vous de l’initiative neuchâteloise?
Je suis étonné qu’on veuille encore restreindre la liberté individuelle. Des collectifs, dont Exit, se battent depuis des années pour que chacun puisse décider de sa mort, sans tutelle médicale. Nous avons élargi les frontières de l’assistance au suicide. Aujourd’hui, des personnes veulent bloquer ce processus. Elles n’ont pas compris que notre société a changé, que le paradigme judéo-chrétien n’est plus la règle unique, que les gens gèrent seuls leur vie. Ce n’est pas pour rien que nous avons toujours plus de demandes d’accompagnement et de membres.

C’est un combat d’arrière-garde, selon vous?
Oui. En 2011, les Zurichois se sont prononcés sur deux initiatives, demandant d’interdire l’assistance au suicide et l’accompagnement de personnes venant de l’étranger. Ces textes ont été balayés à 78% et à 85%. Ce test grandeur nature montre le soutien dont nous
bénéficions.

L’initiative ne demande pas d’interdire votre pratique, mais de fixer un cadre: c’est différent!
Il y a le dessus et le dessous des cartes et, avec les années, je suis devenu très prudent. Nous voulons éviter l’établissement d’un catalogue des cas dans lesquels notre intervention serait possible. Des situations ne seraient pas prises en compte. Je ne suis pas contre la discussion, mais il faut nous laisser une marge de manœuvre.

Avez-vous d’autres exigences?
Si on veut un débat, il faut l’élargir à l’euthanasie active (ndlr: cas où le geste ultime est pratiqué par un tiers). Une telle solution permettrait à des gens qui ont rédigé des directives anticipées de vivre plus longtemps. Dans le système actuel, des malades d’Alzheimer doivent par exemple se suicider avant d’avoir perdu leur entendement. Il faudrait aussi prévoir l’enseignement de ces pratiques en Faculté de médecine, tout en garantissant la liberté de conscience des médecins. Pour l’instant, je n’ai pas entendu de telles propositions.

Exit accompagne des aînés atteints de polypathologies invalidantes. Les directives de l’Association suisse des sciences médicales (ASSM), auxquellesil a été fait référence dans les débats politiques, ne le prévoient pas. Ce débat a-t-il été faussé?
Non. Les directives de l’ASSM sont internes à la profession. Ce ne sont pas des règles de droit! Là, il faut regarder ce que disent la loi et la justice. Or, dans un arrêt rendu en 2006, le Tribunal fédéral a confirmé que la Constitution et la Cour européenne des droits de l’homme garantissent à chaque être humain de pouvoir décider de la manière et du moment de sa mort, tant que ce choix se fait librement.

Ne va-t-on pas toujours plus loin? Ne faut-il pas une limite?
Si nous prenons en charge des aînés atteints de polypathologies invalidantes, c’est parce que nos membres, dont un tiers a plus de 75 ans, l’ont demandé. Nous parlons ici de gens dans l’hiver de leur vie. Leurs souffrances physiques ou psychiques sont très importantes. Je n’entrerais par exemple jamais en matière sur la requête d’un jeune qui a une peine de cœur. Nous aidons les gens dont les souffrances sont telles qu’aucun retour en arrière n’est possible.

Comment s’assurer que d’autres auront cette éthique?
N’oubliez pas les instruments légaux actuellement en vigueur. Dans un rapport rendu en juin 2011, le Conseil fédéral estime lui-même que ce complexe de dispositions (Code pénal, lois sur les produits thérapeutiques et les stupéfiants ainsi que les règles déontologiques) constitue un bon équilibre entre devoir de protection de l’Etat et respect de la liberté personnelle. Après chacun de nos accompagnements, la justice ouvre en outre une enquête et nous fournissons les documents nécessaires à son travail. Si nous poussions le bouchon trop loin, non seulement nous serions sanctionnés par les tribunaux, mais nous n’aurions plus le soutien populaire.
Caroline Zuercher

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