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Assura croit toujours plus au patient responsable

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Vendredi, 22 septembre 2017

Nouveau CEO de l’assureur maladie low cost, Ruedi Bodenmann voudrait renforcer l’assuré, meilleur allié de la maîtrise des coûts. Pas si simple…

La semaine prochaine sera celle de l’annonce des primes d’assurance-maladie 2018. Le rendez-vous s’annonce douloureux: de plusieurs sources, on apprend que les coûts de la santé augmentent à nouveau plus vite que l’inflation et que les salaires. Donc, les primes continueront à grimper et à faire mal.
Dans ce contexte peu réjouissant, Assura veut rester un acteur parmi les plus avantageux de l’assurance-maladie obligatoire. Après deux années agitées au niveau de son management et une sévère correction à la hausse de ses primes en 2016, le groupe lausannois, quatrième plus grande caisse maladie du pays avec 937 000 assurés de base et 500 000 clients ayant contracté une complémentaire, a misé sur un Alémanique pour diriger ses activités depuis son siège à Pully.
Ruedi Bodenmann, mathématicien, 49 ans, Appenzellois d’origine (Rhodes-Intérieures), ex-CEO de Sympany, une caisse maladie alémanique dont le siège est à Bâle, a pris les commandes en janvier 2017. Se présentant jeudi pour la première fois à la presse romande, il a témoigné de sa conviction: «Un assuré responsable est le meilleur allié de la maîtrise des coûts.» Cela suppose, souligne-t-il, que le patient soit «très bien informé». C’est même la condition pour qu’il fasse des choix éclairés. Or c’est là que le bât blesse. Trop souvent, le patient ignore tout – ou presque – des enjeux économiques de sa prise en charge. Le CEO d’Assura le reconnaît. Il voit toutefois quelques progrès. Les patients se renseignent davantage, ils cherchent des informations sur Internet pour mieux comprendre ce qui leur arrive et ne pas laisser le médecin décider seul pour eux.
On fait remarquer au CEO d’Assura que les assureurs ne font pas grand-chose pour renforcer leurs assurés dans l’esprit de les aider à prendre de bonnes décisions, y compris économiques, face à des situations médicales précises. Rien, dans le système de santé, ne pousse les caisses à agir dans ce sens. Ruedi Bodenmann ne veut pas noircir le tableau. Il cite quelques «petits pas» tentés par des caisses pour aider leurs assurés. Mais force est de reconnaître que ces actions ont souvent d’abord un intérêt marketing. Il s’agit de gadgets proposés pour garder l’assuré dans le portefeuille.
Jean-Luc Chenaux, président d’Assura, pense d’ailleurs que les assureurs ne sont pas les seuls à pouvoir aider le patient à être bien informé. «Grâce aux technologies digitales, le mouvement est en marche», se réjouit-il. Le patient devient acteur de sa santé avec les nouveaux moyens de mesurer toute une série de paramètres décryptant l’activité de son corps. C’est le chemin qui conduit tout droit vers la médecine personnalisée.
La réalité, ce sont de mauvaises incitations financières qui empêchent souvent le patient de recevoir le traitement le plus économique. Ruedi Bodenmann voit une marge de manœuvre réelle: «La Suisse peut et doit faire mieux pour favoriser le transfert de l’activité stationnaire vers l’ambulatoire.» La comparaison avec d’autres pays n’est pas favorable à la Suisse. Avec ce transfert, on pourrait faire beaucoup d’économies et le patient y gagnerait souvent en confort.
A court terme, conclut Ruedi Bodenmann, le système du tiers garant – l’assuré paie sa facture avant de la transmettre à sa caisse – et les franchises élevées restent les deux meilleurs leviers pour rendre l’assuré responsable.
François Modoux

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