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Fermez les yeux, vous comprendrez mieux

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Dimanche, 22 octobre 2017

Ouïe La voix en dit plus long sur nos émotions que les expressions du visage.

Des sourcils qui se froncent, une bouche qui s’entrouvre, des yeux qui fuient… Les expressions du visage en disent long sur ce que nous ressentons. Tout comme nos gestes peuvent trahir l’agacement, le manque de confiance, la joie… C’est ce que l’on appelle le langage non verbal. Au cœur de nombreuses études, il transcenderait, selon certains chercheurs, les frontières culturelles. Autrement dit, nous reconnaissons tous l’expression de la colère, du dégoût ou de la peur, comme l’affirme l’Américain Paul Ekman, dont les travaux sur les micro-expressions ont été largement relayés, servant même d’inspiration à la série télévisée «True Lies».
Mais n’accordons-nous pas trop d’importance à ce que nous voyons? Nous ferions peut-être mieux de fermer les yeux, et de nous fier à notre ouïe, uniquement à notre ouïe, pour discerner les émotions des autres. C’est ce qui ressort d’une étude menée par Michael Kraus, professeur assistant en science du management à l’Université Yale, qui vient de publier ses résultats dans la revue American Psychologist. Des résultats sans équivoque: écouter est plus efficace que regarder.
«On se focalise énormément sur les expressions faciales, que ce soit dans la culture populaire ou dans la recherche scientifique sur les émotions, explique ce spécialiste de psychologie sociale. J’avais le sentiment que les gens n’ont pas conscience du pouvoir de la voix.» Un pouvoir qu’il s’est attaché à démontrer, en comparant la capacité de l’être humain à interpréter ce que véhicule la voix ou le langage corporel des autres. Michael Kraus a conduit une série d’expériences, impliquant près de 1800 personnes en tout. Des cobayes ont, par exemple, été exposés à l’enregistrement d’un groupe d’amis discutant ensemble. Certains ont eu le son et l’image, d’autre uniquement le son, et d’autres encore uniquement l’image.
Étonnamment, les participants se sont montrés plus efficaces à identifier les émotions à l’oreille seulement. Ce qui peut s’expliquer, estime Michael Kraus: «La façon dont vous dites les choses contient une grande quantité d’informations, notamment sur ce que vous ressentez. Mais il faut aussi comprendre que lorsque nous essayons d’analyser à la fois le comportement non verbal de quelqu’un, sa voix et ses expressions faciales, nous divisons notre attention entre tous les canaux, ce qui nous rend, en fin de compte, plus mauvais.»
En n’activant que l’ouïe, nous glanons moins d’informations, mais des informations souvent plus authentiques. Si Michael Kraus ne remet pas en question le fait que les gestes et les expressions du visage sont les vecteurs d’émotions, il rappelle que nous avons aussi développé – certains peut-être plus que d’autres – une capacité à utiliser notre visage afin de masquer ces émotions. Maîtriser sa voix, par contre, semble moins facile.
«Le fait de se concentrer sur la voix permet d’utiliser plus efficacement nos compétences», résume Michael Kraus. Accorder plus d’importance à ce que les gens disent et à la manière dont ils le disent pourrait, selon lui, améliorer la communication, la compréhension entre les gens dans le milieu professionnel, comme dans la vie de tous les jours. Reste que ces résultats ont été obtenus dans le cadre d’interactions expérimentales et pas dans la vraie vie. Et rien ne dit que cette supériorité de l’ouïe s’applique à tout le monde. «Nous n’avons pas examiné si c’était le cas dans différentes cultures ou dans tous les contextes d’interaction, donc, pour l’instant, nous ne savons pas», concède modestement Michael Kraus.
Geneviève Comby

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