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Faute de lits, le patient anglais ira chez l’habitant

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Lundi, 30 octobre 2017

Un programme pilote prévoit de loger des malades en convalescence chez des particuliers

Le système hospitalier britannique souffre. En manque constant de chambres, les établissements poussent les patients convalescents à rentrer chez eux – parfois trop tôt, si bien que 529 318 réadmissions en urgence ont été enregistrées l’an dernier, un chiffre en hausse de 23% sur cinq ans. A défaut de construire de nouveaux hôpitaux, l’organisation publique responsable du système de santé d’une partie du comté de l’Essex (à l’est de Londres), en coopération avec les autorités politiques locales, a décidé de faire appel à une société privée pour louer des chambres chez l’habitant. Ce programme expérimental prévoit qu’une trentaine de ses patients convalescents, qui ne nécessiteraient donc plus de traitement hospitalier spécifique, logeront dans une chambre située dans la maison ou l’appartement d’un particulier.
Carerooms, l’entreprise chargée de trouver les chambres à louer, ne cache pas sa volonté de se transformer en un Airbnb du système de santé. Elle a distribué à la cantine de l’hôpital local de Southend des prospectus explicites: «Gagnez plus de 1000 livres (1300 francs) par mois! Tout ce dont vous avez besoin est d’une chambre libre ou d’une annexe avec un accès facile à une salle de bains privée.» Son site Internet précise qu’aucune expérience préalable dans l’aide aux malades n’est nécessaire. «Votre chambre libre et votre salle de bains peuvent être converties en toute sécurité pour permettre aux patients d’y être placés pendant un maximum de deux semaines, au personnel de santé de s’occuper d’eux à distance, tout cela avec un impact et un risque minimes pour votre vie quotidienne.» Les seules obligations des participants seront d’«accueillir leur hôte, de lui faire chauffer trois repas par jour au four à micro-ondes et de discuter un peu avec lui.»
Son directeur médical, Harry Thirkettle, un urgentiste, précise que le modèle économique reste à finaliser. L’entreprise envisage de louer chaque chambre 130 francs par jour au service de santé; 65 francs seront versés au propriétaire, les 65 francs restants serviront à fournir les soins requis par les patients et à réaliser un profit pour l’entreprise.
L’externalisation des prérogatives du système public de santé auprès d’une start-up privée fait grincer des dents. «Nous sommes choqués que le système de santé soutienne une telle entreprise», a fait savoir l’association Sauvons le Service des urgences de Southend, qui regroupe des résidents locaux. «Il ne se passe quasiment pas une semaine sans que les médias traitent d’abus et de mauvais soins dans des résidences de soins dûment spécialisées. La surveillance de placements dans des logements privés est donc une tâche énorme et risquée.»
Pour faire face à ces inquiétudes «compréhensibles», Harry Thirkettle explique que les propriétaires recevront une formation pour s’assurer de leur compréhension des critères de propreté et d’hygiène alimentaire mais aussi des besoins des malades mentaux.
Tristan de Bourdon Londres

 

 

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