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La dépression touche deux fois plus les Romands que les Alémaniques

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Dimanche, 29 octobre 2017

Sondage Les Romands sont deux fois plus nombreux à déclarer souffrir de symptômes dépressifs.

Les Romands et les Tessinois seraient de bons vivants alors que les Alémaniques, eux, resteraient austères. Ces clichés ont la vie dure. Évidemment, la réalité est tout autre: la dépression touche deux fois plus les cantons romands que les alémaniques. Ce sont les Vaudois (10,1%) puis les Tessinois (9,4%) qui disent souffrir le plus de symptômes dépressifs. En fait, il existe un véritable Röstigraben en matière de santé mentale. Selon un sondage de la Confédération, tous les cantons latins sont au-dessus de la moyenne nationale, alors que tous les alémaniques sont en dessous. C’est aussi net que cela. Comment expliquer alors ce phénomène? Aucune étude ne s’y est encore réellement penchée. Les experts que nous avons interrogés pointent du doigt plusieurs facteurs, notamment le rapport à la maladie ou à la parole. Les Latins oseraient dire davantage que ça ne va pas.

Le point fort  On parle beaucoup de dépression. Mais qu’est-ce que c’est vraiment?

 

Les Romands souffrent plus de dépression que les Alémaniques

Santé Un véritable Röstigraben existe en matière de santé mentale, selon une enquête de la Confédération. Tessinois et Romands sont quasi deux fois plus nombreux à dire leur mal-être que les Alémaniques. Enquête.

C’est un constat qui balaie tous les clichés véhiculés dans notre pays. Les Romands, ces Grecs de la Suisse qui aiment tant se laisser vivre, souffrent davantage des symptômes de la dépression que leurs rigoureux voisins alémaniques. C’est ce qui ressort de l’Enquête suisse sur la santé (ESS) la plus récente. Avec le Tessin, ils sont près de 9% de la population à avouer pâtir de ce mal répandu (voir encadré). Outre-Sarine, ce chiffre reste scotché à 5,5%. Chez les femmes, le contraste est encore plus flagrant (10,9% contre 5,7%). Ces rapports du quasi-simple au double interpellent. Pourquoi existe-t-il un tel Röstigraben en matière de santé mentale? Aucune étude ne répond à cette question alors que l’enquête date de 2012. Même l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) avoue ne pas pouvoir «donner les raisons précises de la différence observée». Notre enquête montre pourtant qu’il existe plusieurs facteurs explicatifs.

1L’urbanisation

Plus on vit dans des villes, plus on trouve de gens souffrant de symptômes dépressifs. Solitude, anonymat, stress: le cocktail peut vite devenir explosif. Les chiffres de l’ESS l’attestent: près de 7% des habitants urbains se disent déprimés contre 5,4% des résidents ruraux. Or, avec Genève, Lausanne, Lugano, La Chaux-de-Fonds, Vernier, Yverdon, Fribourg, Bellinzone, Neuchâtel, Sion, Delémont ou encore Nyon et Montreux, la Suisse latine «compte proportionnellement plus d’agglomérations que la Suisse alémanique», souligne le Pr Martin Preisig, médecin-chef du Centre d’épidémiologie psychiatrique et de psychopathologie du CHUV, à Lausanne.

2La liberté de parole

La dépression est généralement taboue, comme d’ailleurs toutes les maladies mentales. L’est-elle davantage en Suisse allemande que dans nos contrées? C’est probable, et cela tient de facteurs culturels. Une étude citée en 2011 dans la revue BMC Medicine a montré que la France était la championne européenne de la déprime avec 21% de la population touchée. À l’inverse, l’Allemagne faisait figure de bon élève avec un taux de seulement 9,9%. Comme en Suisse, le rapport avoisine ici le simple au double. «Je crois que les francophones ont tendance à dire davantage quand cela ne va pas, estime le Pr Martin Preisig. Ils perçoivent mieux leurs émotions. Ne dit-on pas que les Français sont des râleurs? Les Germaniques sont peut-être plus conservateurs.» Cette différence se traduit aussi dans le traitement des symptômes dépressifs, selon le Pr Jean-Michel Aubry, médecin-chef du Service des spécialités psychiatriques des HUG. «En Suisse romande, nous sommes très axés sur la psychothérapie et donc sur la discussion. Les Suisses allemands, eux, privilégient l’approche biologique, c’est-à-dire le traitement médicamenteux.»

3Le stress

Les experts sont unanimes: les stress personnel, physique, familial, professionnel, économique ou social sont des facteurs qui favorisent la dépression. À ce titre, c’est un mythe de croire que les Romands et les Tessinois jouissent d’une meilleure qualité de vie que les Alémaniques. Au contraire. Deux indicateurs peuvent le confirmer. D’une part, le taux de chômage. «Nos recherches ont montré que la dépression et le comportement suicidaire sont liés au chômage», affirme le Pr Erich Seifritz, médecin-chef de la Clinique psychiatrique universitaire de Zurich. Or le chômage est globalement plus haut en Suisse romande et au Tessin qu’outre-Sarine. En moyenne cumulée, les cantons latins accusent un taux de 3,9% contre 1,9% pour leurs homologues alémaniques. En septembre, Genève (5,2%), Neuchâtel (5,1%), le Jura (4,4%) et Vaud (4,3%) étaient en tête du classement national. L’autre indicateur est le statut conjugal. L’article de BMC Medicine avance qu’il est significativement corrélé aux symptômes dépressifs. Ce que confirme l’ESS: «Les personnes vivant sans partenaire, seules ou avec des enfants, déclarent presque deux fois plus fréquemment (20% contre 12%) être déprimées.» Si on regarde le taux de divortialité – nombre de divorces par rapport à la population – de l’Office fédéral de la statistique (OFS), on apprend que là encore les Romands sont en tête du classement helvétique.

4Le rapport à la maladie

C’est un fait: les Latins consomment plus de prestations médicales que les Alémaniques. Selon l’OFS, 8% des Romands sont allés voir un spécialiste cinq fois ou plus en 2012 contre 6,3% des Suisses allemands. Les Tessinois, eux, sont les champions de la consultation unique (28,3% contre 23,5% en moyenne). La concentration importante des psychiatres dans les régions latines n’explique pas tout. «Il est possible que la conscience de la maladie mentale soit différente en termes régionaux», juge le Pr Erich Seifritz. Sans compter que le tabou plus important qui règne outre-Sarine autour de la dépression «empêche de nombreuses personnes de demander de l’aide, rappelle-t-il. Cela entraîne de nombreux patients ne recevant aucun traitement.»
Raphaël Leroy

 

La dépression, c’est quoi?

La dépression est le résultat d’une combinaison de prédispositions personnelles (génétique, infantile) et de facteurs de stress. Elle touche un Suisse sur cinq au cours de sa vie et jusqu’à 300 millions d’individus à travers le globe, dont une majorité de femmes. Ce trouble est la première cause d’incapacité dans le monde, selon l’Organisation mondiale de la santé. Les premiers symptômes d’une dépression sont une humeur sombre en toutes circonstances, une perte d’intérêt et de plaisir dans ses activités, ainsi qu’un manque inhabituel d’énergie. Le tout pendant au moins deux semaines. Les épisodes dépressifs durent généralement entre six et douze mois. Ils peuvent se répéter et varier en intensité. La maladie altère gravement les activités du quotidien, les relations sociales
et de travail. À un degré sévère, elle peut conduire au suicide. C’est pourquoi il est primordial de consulter rapidement. La psychothérapie, la luminothérapie ou la prise de médicaments sont autant de remèdes à ce mal.

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