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Une vie sexuelle épanouie peut aider à mieux vieillir

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Dimanche, 29 octobre 2017

Sexe Ménopause et cheveux blancs sont tout à fait compatibles avec une activité sexuelle. Même si l’âge impose parfois des ajustements, surtout quand surviennent des problèmes de santé.

Carla Bruni est considérée comme l’une des plus belles femmes au monde, Nicolas Sarkozy a dirigé la France: à couple d’exception, sexualité d’exception? Sans doute pas… et tant mieux. À respectivement 49 et 62 ans, l’ex-couple présidentiel serait plutôt représentatif d’une génération pour qui bien vieillir passe aussi par maintenir une activité sexuelle riche. Et cela en dépit des problèmes fonctionnels qui surviennent parfois au fil des ans.
«En matière de sexualité, comme dans bien d’autres domaines, l’âge n’est pas qu’un désavantage, sourit le Dr Francesco Bianchi-Demicheli, spécialiste en médecine sexuelle et sexologie aux Hôpitaux universitaire de Genève (HUG). En vieillissant, on s’enrichit, on se connaît mieux soi-même, et tout cela concourt à l’épanouissement, y compris sexuel.» Facile à dire, penseront ceux pour qui le cap de la cinquantaine a aussi marqué le début des petits pépins. Les troubles de l’érection ont tendance à être plus fréquents au fil des ans, la période réfractaire entre deux érections s’allonge. Et du côté des femmes, la chute de production d’œstrogènes à la ménopause peut ouvrir la porte à une chute de libido et aux sécheresses vaginales. «Bien sûr que tout cela peut perturber la vie intime, mais il y a aujourd’hui des solutions pour surmonter certains obstacles fonctionnels et, surtout, il faut cesser de réduire la sexualité à la pure génitalité! C’est quelque chose de bien plus complexe et créatif», insiste le Dr Bianchi-Demicheli.
En effet, jusqu’à la quarantaine, la sexualité est souvent une affaire de performances. Combien de fois, combien de temps, combien d’orgasmes? Avec la maturité, l’érotisme peut prendre le dessus… et ouvrir de nouvelles perspectives. «Avoir développé un érotisme élaboré permet de dépasser certains inconvénients liés à l’âge, de maintenir la séduction, de continuer à susciter le désir et l’excitation», rappelle le spécialiste. Carla Bruni affirme d’ailleurs dans son interview qu’elle est toujours «très attirée» par son mari, et que tous deux cultivent le désir et une part de «mystère» dans leur couple.

Sortir de sa zone de confort

L’état de santé d’un des partenaires peut cependant peser lourd. Arthrose, diabète, hypertension, cancer du sein ou de la prostate, autant d’exemples de maladies qui fragilisent l’équilibre sexuel. «Des personnes de tout âge peuvent être confrontées à des limitations fonctionnelles. La sexualité n’est pas quelque chose de figé, c’est un voyage, et ce sont ceux qui sont le plus capables de s’adapter qui s’en sortent le mieux», constate Francesco Bianchi-Demicheli. Ne pas se focaliser sur ce qui n’est plus faisable mais profiter de ce qui reste possible, oser de nouvelles pratiques, savoir se réinventer… sauvegarder sa sexualité demande parfois de sortir de sa zone de confort. Le jeu en vaut cependant la chandelle, car l’activité sexuelle est loin d’être accessoire: elle peut contribuer à se maintenir en bonne santé, physique et psychique.
«Tout au long d’une relation, la communication est un élément-clé, chez les plus âgés aussi. Ce n’est pas parce qu’on vit ensemble depuis trente, quarante ou cinquante ans qu’on se comprend sans se parler. Les désirs, les besoins, les possibilités évoluent, et faire le point est toujours utile, pour éviter malentendus et frustrations», conseille Mylène Bolmont, psychosexologue aux HUG. Trouver une parade au désir qui s’émousse ou des réponses pratiques aux limitations physiques qui surviennent, ce n’est pas toujours aisé. Une consultation auprès d’un sexologue peut alors aider à construire une nouvelle dynamique de couple… ou à se rassurer. «On a aussi le droit d’avoir une sexualité moins active, voire absente, insiste la thérapeute. L’essentiel est de pouvoir en parler ouvertement et que chaque partenaire trouve son équilibre.»

Le pouvoir d’arrêter le temps

Une étude britannique, publiée en 2016, révélait qu’après 65 ans, 60% des hommes et 37% des femmes sont encore sexuellement actifs. Après 80 ans, ils sont encore 25% et 10% respectivement. Des chiffres qui ne doivent pas amener à la conclusion que les femmes se désintéressent plus vite du sexe. Elles vivent plus longtemps que les hommes, et ont au fil du temps davantage de risques de se retrouver seules. De fait, elles ont ensuite moins d’opportunités pour retrouver un partenaire.
Hommes ou femmes, les seniors sexuellement actifs sont souvent les personnes pour qui la sexualité a toujours été un élément important. Mais l’âge peut aussi apporter un regain d’intérêt. «Pour certaines femmes, la ménopause va avoir un vrai rôle libérateur. Elles sortent de la période où la sexualité est liée à la procréation et entrent dans l’ère du sexe dédié uniquement au plaisir. Elles se sentent alors plus femmes que jamais», reprend Mylène Bolmont. En vieillissant, les inhibitions se lèvent parfois plus facilement. Le temps passe vite, et l’envie d’en profiter aide à sortir de ses habitudes. «La sexualité est un très bel antidote à l’angoisse de mort qui se fait de plus en plus présente avec les années, analyse Francesco Bianchi-Demicheli. La sexualité a ce pouvoir d’arrêter, un moment, le temps.»
Stephany Gardier

Le tabou existe encore dans beaucoup d’EMS

Ils ont 92 ans, se sont rencontrés à l’EMS et disent n’avoir jamais été aussi heureux. Combien sont-ils à vivre une nouvelle histoire d’amour au crépuscule de leur vie? Difficile de le savoir tant le sujet est tabou. «Pour beaucoup d’entre nous, imaginer le désir, les corps âgés qui interagissent, c’est très dérangeant, relève le Dr Francesco Bianchi-Demicheli. Pourtant, l’amour peut exister jusqu’au dernier souffle, et pas seulement de manière platonique. Il faut respecter les besoins et les demandes des personnes âgées en matière de sexualité.» Les établissements qui laissent un véritable espace d’intimité pour les pensionnaires en couple ne sont aujourd’hui pas très répandus. Or, des études menées à l’étranger ont prouvé à quel point maintenir une intimité avec un partenaire peut être bénéfique. «Les résultats montrent une diminution de la consommation de médicaments, tels que les anxiolytiques, note le spécialiste. Les auteurs ont aussi observé moins de conflits entre pensionnaires, et au sein du personnel!»

 

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