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Novartis cible la lutte contre le cancer

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Mardi, 31 octobre 2017

Issue du CERN, la société AAA, spécialisée en médecine nucléaire, pourrait passer sous le giron du géant bâlois. L’opération est valorisée à près de 4 milliards de francs

Stefano Buono et les actionnaires de la société Advanced Accelerator Applications (AAA) ont touché le jackpot. Lundi, le géant bâlois Novartis (121 000 employés) a annoncé le rachat, pour 3,9 milliards de dollars (environ 3,89 milliards de francs), de cette entreprise française spécialisée dans le secteur de la médecine nucléaire moléculaire. AAA a été fondée en 2002 par ce physicien italien né en Campanie avant de grandir et d’étudier à Turin puis de travailler une dizaine d’années avec son compatriote Carlo Rubbia, Prix Nobel de physique 1984.
Les deux scientifiques œuvrent ensemble au CERN, organisme centré sur la recherche fondamentale mais qui a développé depuis près de trente ans une politique importante en matière de transfert et de commercialisation de technologie (lire ci-dessous). AAA est un spin-off du CERN, elle s’en est détachée pour vivre son propre destin.
Lundi, les efforts de Stefano Buono et des 550 salariés de la firme ont été une nouvelle fois récompensés. En intégrant Novartis, AAA rejoint la cour des grands de l’industrie pharmaceutique même si aucun porte-parole de la société française n’était en mesure de dire si cette opération pouvait déboucher sur des suppressions d’emplois. Ou sur des changements notables au sein du management. Ou encore sur le déplacement du siège. Affaire à suivre, sous cet angle social et financier.

Techniques mieux supportées

En rachetant AAA, Novartis fait un pas de géant dans le domaine de la médecine nucléaire moléculaire. En plein essor, cette spécialité médicale utilise de très petites quantités de substances actives, appelées «radiopharmaceutiques», pour visualiser des organes et des lésions liées à des maladies comme le cancer. Puis elle les traite. En d’autres termes, la médecine nucléaire moléculaire détecte ces vilaines cellules, élabore des calculs puis irradie les tumeurs avec une précision chirurgicale. Ces techniques d’injection sont aussi beaucoup mieux supportées par les patients. Elles sont donc bien accueillies par les cliniques et les hôpitaux.
Si cette opération aboutit, les scientifiques et les techniciens d’AAA pourront, de leur côté, compter sur la vaste expertise des chercheurs du géant bâlois. Ses efforts de recherche pèsent 9 milliards de francs…
Stefano Buono est parvenu à cette transaction en à peine quinze ans. C’est d’abord grâce à deux cercles plus intimes, ceux de la famille et des amis, que le physicien, s’improvisant chef d’entreprise avant d’en maîtriser les subtils rouages, a construit son petit empire. Pas à pas. Il a d’abord édifié son premier laboratoire au Technoparc de Saint-Genis, juste à côté du CERN. Il s’est ensuite rapproché de sa terre natale, s’est développé au centre puis au nord-ouest de l’Italie. Il a ensuite essaimé en France et en Espagne. La conquête de l’Ouest intervient en 2010, avec le rachat d’une société canadienne, puis d’une firme américaine spécialisée en médecine nucléaire. L’Italien est alors âgé de 44 ans. La force de l’âge. Le développement commercial se fait parallèlement à l’extension du réseau de production. Tout cela coûte de l’argent. En 2014, une première levée de fonds de 41 millions d’euros permet à la société de franchir ce cap. Les besoins augmentent mais l’équipe d’AAA parvient sans peine à intéresser de nombreux investisseurs.
La consécration se fait jour en 2015, par une nouvelle levée de fonds – 125 millions de dollars – sur le Nasdaq, la Bourse technologique américaine. Un autre apport suit en 2016 (172 millions de dollars), année où AAA ouvre son premier site de fabrication dans le New Jersey, l’eldorado américain de l’industrie pharmaceutique. Lundi, les actionnaires d’AAA – dont la famille Petrone, qui domine Fin Posillipo, actionnaire historique napolitain – ont déjà pu jubiler une seconde fois: leur titre s’est apprécié de plus de 10%. Second jackpot.
Roland Rossier

 

Le CERN, pouponnière de start-up

Au CERN, d’où est issue la firme AAA, on sabrerait presque le champagne. «Nous sommes fiers de leur réussite», lâche Anais Rassat, directrice du marketing au sein du groupe dédié aux transferts de technologie du CERN.
Mais la grande organisation située à cheval entre la France et le canton de Genève ne s’approprie pas pour autant les avancées technologiques et entrepreneuriales de la société créée par l’Italien Stefano Buono. Son objectif reste la recherche fondamentale, en particulier dans la physique.
Depuis trente ans, cet organisme a cependant développé sa politique de transferts de technologie, dans le sillage du World Wide Web (www), inventé par Tim Berners-Lee en 1989.
«Les domaines d’application des technologies et de la connaissance développée au CERN sont vastes. Ils incluent les technologies médicales et biomédicales, les applications aérospatiales, l’industrie 4.0, ainsi que la sécurité», détaille Anais Rassat. La directrice précise que 18 start-up et spin-off utilisent aujourd’hui les technologies du CERN. Le centre développe aussi un réseau d’incubateurs d’entreprises, éclaté sur neuf sites. Créé en 2016, InnoGEX est celui qui est le plus proche de cette «mère nourricière». Il regroupe deux jeunes pousses: Terabee SAS (capteurs pour les opérations de drones, la robotique et l’automatisation) et Colnec Health (suivi médical à distance).
Le budget annuel du CERN en 2016 était de 1,127 milliard de francs. L’Allemagne est le plus gros contributeur de l’organisation, avec une part supérieure à 20%. Avec plus de 14%, la France et le Royaume-Uni sont aussi d’importantes sources de financement du CERN, tout comme l’Italie (11%). Suivent l’Espagne, les Pays-Bas et la Suisse (environ 4% du budget).
C’est le Néerlandais Sijbrand de Jong qui préside actuellement le conseil du CERN, la Suisse étant représentée à la présidence du comité de politique scientifique par Tatsuya Nakada. Le CERN emploie plus de 2500 collaborateurs, dont 42% d’ingénieurs et scientifiques. Mais les «Cernois» appartiennent à une communauté d’échanges beaucoup plus large, qui, à l’échelle internationale, concerne 13 000 personnes.
R.R.

 

Une société présente dans 13 pays et 21 sites

L’entreprise Advanced Accelerator Applications a été fondée en 2002 par l’Italien Stefano Buono. L’année suivante, un premier laboratoire pharmaceutique est construit au Technoparc de Saint-Genis, à un minuscule jet de neutron du CERN. Mais l’Italien songe déjà à l’international: en 2006, il fait sortir de terre un second site près de Molise, en Italie centrale, et un troisième à Ivrea, dans le Piémont. La France suit en 2008, avec l’érection d’un laboratoire à Troyes. Puis l’Espagne. En 2010, la firme française opère un tournant en décidant plutôt d’acheter des concurrents. Elle se rapproche du Nouveau-Monde et, en 2014, ouvre un bureau à New York. «Au 69e étage de l’Empire State Building», précise-t-on chez AAA. Au cœur de Manhattan.
AAA dispose actuellement de 21 sites de production et de recherche & développement, et emploie plus de 550 salariés dans 13 pays (Allemagne, Belgique, Canada, Espagne, Etats-Unis, France, Israël, Italie, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Royaume-Uni et Suisse). A Saint-Genis, dans son berceau du Pays de Gex, AAA salarie une soixantaine de collaborateurs.
R.R.

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